Jument qui rejette son poulain : reconnaître le rejet et réagir

Chez la jument, le lien avec le poulain se noue dans les heures qui suivent la naissance. Parfois, il ne se noue pas : la jument refuse la tétée, repousse son poulain, ou l’attaque. Ce rejet se gère mieux quand on le reconnaît tôt. Cet article s’appuie sur la synthèse de Katherine Houpt, spécialiste américaine du comportement du cheval, publiée en 2011, et sur une thèse de l’École vétérinaire de Toulouse de 2003.

Ce qu’il faut retenir

  • Le rejet prend trois formes : refus de la tétée, mise à distance, agression.
  • Il commence le plus souvent dès la naissance.
  • Les juments primipares et les juments arabes sont les plus concernées.
  • Une jument qui a rejeté un poulain risque de recommencer.
  • Un poulain qui ne tète pas doit recevoir du colostrum sans attendre.

Le comportement maternel normal

Houpt décrit deux temps. D’abord, une attirance générale pour le nouveau-né, déclenchée par le poulinage et la chute des hormones de gestation. Ensuite, la reconnaissance de son propre poulain, pendant une période sensible. La jument flaire son poulain naseau contre naseau, lèche la tête, puis l’arrière-main. Ce léchage cesse vite : il dépasse rarement deux heures. La première semaine, le poulain tète trois à quatre fois par heure, puis environ une fois par heure vers cinq mois, pendant une à deux minutes à chaque fois.

Les trois formes du rejet

  • Légère : la jument lèche le poulain mais refuse qu’il tète. Elle réagit quand il touche le pli de l’aine, près de la mamelle.
  • Modérée : elle le tient à distance et rue s’il approche trop.
  • Grave : elle l’attaque, le mord à l’encolure et le projette.

La thèse de Toulouse résume : le rejet va du refus de la tétée au refus total du poulain, avec une agressivité plus ou moins marquée.

Combien de juments, et lesquelles

Houpt rassemble plusieurs enquêtes :

  • dans une étude sur des juments arabes, 9 sur 107 ont rejeté leur poulain, en tout ou en partie ;
  • sur 135 cas de rejet signalés, 70 concernaient des arabes, 24 des quarter horses et 14 des pur-sang ;
  • le rejet a commencé dès le poulinage dans 95 de ces cas, à 12 heures dans 11 cas, à 24 heures dans 14 ;
  • 10 de ces poulains ont été tués ou sont morts ;
  • des enquêtes auprès de propriétaires relèvent un rejet chez environ 5 % des poulains arabes, contre 2 % des poulains paint.

Les juments primipares sont les plus touchées, ce qui suggère un rôle de l’expérience. Les rejets se regroupent aussi dans certaines familles, ce qui évoque une part génétique. Enfin, certaines juments rejettent un poulain après l’autre. La thèse de Toulouse parle alors de rejet chronique.

Les causes

Houpt écrit que les causes restent inconnues. Plusieurs pistes sont citées : le manque d’expérience, un déséquilibre hormonal, le stress du poulinage, l’absence de contact avec le poulain pendant la période sensible, la douleur. Dans un petit échantillon de quatre juments, celles qui rejetaient leur poulain avaient des taux d’hormones plus bas autour du poulinage.

Que faire

Assurer la tétée

Le poulain doit boire le colostrum dans ses premières heures, que la jument coopère ou non. Notre article sur le poulain nouveau-né détaille cette priorité. Appelle ton vétérinaire dès que le poulain ne tète pas.

Désensibiliser la jument

Pour une jument qui réagit au contact du pli de l’aine, Houpt décrit la méthode : touche-le légèrement, la jument tenue en longe. Si elle rue ou se dérobe, fais-la trotter quelques minutes, puis recommence, en appuyant un peu plus à chaque fois.

Contenir la jument pour protéger le poulain

Houpt cite plusieurs moyens : une barre qui laisse l’accès à la mamelle tout en empêchant la jument de se déplacer sur le côté, la tête attachée, une récompense quand elle accepte la tétée. Dans un cas qu’elle rapporte, une jument maintenue en travail environ 20 jours a vu sa descente de lait s’améliorer vers le dixième jour, et son comportement redevenir normal vers le vingtième. Le vétérinaire dispose aussi de traitements, hormonaux ou tranquillisants : c’est à lui d’en décider.

Si rien ne marche

Une jument agressive met le poulain en danger. La solution devient alors une jument nourrice, que la thèse de Toulouse présente comme la meilleure réponse au poulain orphelin ou rejeté. Houpt préfère, elle aussi, l’élevage par une jument au biberon : le poulain reçoit des anticorps par le lait et se socialise mieux.

Prévenir

  • Habitue la jument, avant le poulinage, à la contention et à la manipulation de la mamelle.
  • Laisse-la pouliner à l’écart des autres chevaux.
  • Si le poulain doit être séparé, garde un contact visuel, par exemple par une cloison transparente.
  • Ne remets pas à la reproduction une jument qui a déjà rejeté ses poulains.

Pour préparer la mise bas, lis notre guide du poulinage de la jument. Et pour la suite, notre article sur l’éducation du poulain rappelle que la mère reste son premier éducateur.

Sources : K. A. Houpt, « Equine Maternal Behavior and its Aberrations », IVIS, 2011 · S. Massoni, « Induction de la lactation chez la jument et croissance des poulains élevés par des juments à lactation induite », thèse vétérinaire, ENVT, 2003.