Blog

  • Ostéochondrose du poulain : causes, dépistage et prévention en élevage

    L’ostéochondrose est une maladie de croissance du jeune cheval. Elle touche le cartilage des articulations pendant les premiers mois de vie, souvent sans signe visible, et se découvre parfois à la radiographie d’achat ou au début du travail. Cet article s’appuie sur le travail de fin d’études vétérinaires de Paul Bruneau, rédigé à l’université de Liège en 2021-2022, qui fait le point sur les causes et sur la sélection, et sur l’article de Wikipédia consacré à l’ostéochondrite.

    Ce qu’il faut retenir

    • La plupart des lésions se forment avant l’âge de 7 mois.
    • Certaines guérissent seules, mais cette capacité décline nettement à partir de 12 mois.
    • La maladie a plusieurs causes : alimentation, exercice, croissance, génétique.
    • Le diagnostic se fait surtout par radiographie.
    • Un poulain au pré, avec un exercice régulier, s’en sort mieux qu’un poulain au box.

    Ce qu’est l’ostéochondrose

    À la naissance, une grande part du squelette est encore du cartilage, qui se transforme peu à peu en os. Bruneau décrit l’ostéochondrose comme une perturbation locale de cette ossification, dans le cartilage en croissance. Des fissures apparaissent à la jonction entre le cartilage et l’os, et des lambeaux ou des fragments se forment parfois dans l’articulation. On parle alors d’ostéochondrose disséquante, ou OCD.

    D’après Wikipédia, chez le cheval, la maladie touche le plus souvent les grassets, les boulets et les jarrets. Bruneau cite le grasset comme un site fréquent.

    Combien de poulains sont touchés

    Les chiffres varient selon les études et les articulations radiographiées. Bruneau rapporte une prévalence estimée de 33 à 44 %, mesurée par dépistage radiographique des yearlings. Il cite aussi des études où 20 à 26,5 % des chevaux présentent au moins une lésion. Il précise que le dépistage radiographique avant achat est plus répandu en Europe qu’aux États-Unis, ce qui explique que la plupart des données viennent d’élevages européens.

    Quand les lésions apparaissent

    Selon le travail de Bruneau, la plupart des lésions se développent avant 7 mois. Beaucoup ne se voient pas : elles ne sont diagnostiquées que plus tard, quand le cheval commence à travailler et que l’articulation est sollicitée.

    Une partie des lésions guérit pendant la croissance. Cette capacité de réparation décline rapidement à partir de 12 mois, avec la réduction des vaisseaux qui nourrissent le cartilage. Après un an, une lésion a peu de chances de guérir davantage. La première année est donc la fenêtre où l’élevage pèse le plus.

    Les causes

    Bruneau présente l’ostéochondrose comme une maladie multifactorielle : nutrition, environnement, contraintes mécaniques et génétique.

    L’alimentation

    Bruneau cite une étude menée par une équipe liégeoise sur 204 poulains suivis de 6 à 18 mois. Les poulains nourris avec des concentrés avaient une probabilité plus élevée de développer des lésions d’OCD. Ceux qui n’en recevaient pas avaient une probabilité plus élevée de guérir de leurs lésions. Bruneau appelle à la prudence : l’étude n’invite pas à bannir les concentrés, car la malnutrition augmente elle aussi les risques. Notre guide du sevrage du poulain rappelle qu’une ration riche en céréales prédispose à l’ostéochondrose et conseille de privilégier fibres et matières grasses.

    L’exercice

    Trop d’exercice fait progresser une lésion précoce. Trop peu, ou un exercice irrégulier, nuit aussi : d’après Bruneau, les poulains élevés au box développent plus de lésions que ceux qui vivent au paddock. Après un an, ce sont surtout les traumatismes liés à un exercice excessif qui causent des lésions tardives.

    La génétique

    L’héritabilité varie de 0,02 à 0,45 selon l’articulation, d’après les études citées par Bruneau. Il rapporte l’exemple de chevaux Maremmano : avec une héritabilité estimée à 0,14, sélectionner mâles et femelles sur cinq générations ferait passer l’OCD de 17 % à 2 %.

    La mère

    Bruneau cite une étude sur l’obésité de la jument : les juments obèses étaient plus résistantes à l’insuline, et leurs poulains étaient significativement plus touchés par l’ostéochondrose à 12 mois. Tous les poulains de cette étude avaient le même père.

    Les signes et le diagnostic

    La plupart des cas sont légers à modérés. Bruneau cite comme signes un gonflement de l’articulation, appelé épanchement, une boiterie en général légère et une douleur à la flexion. Beaucoup de lésions ne donnent aucun signe et ne se voient qu’à la radiographie. Certaines lésions radiographiques guérissent ou se stabilisent avant 12 mois. Bruneau note que l’échographie s’est montrée plus sensible que la radiographie pour repérer ces lésions.

    Ce que tu fais en élevage

    • Laisse le poulain dehors, avec un exercice libre et régulier.
    • Fais établir sa ration avec ton vétérinaire ou un nutritionniste, sans excès de concentrés.
    • Surveille la mère pendant la gestation : un état d’embonpoint excessif n’est pas un atout.
    • Renseigne-toi sur les radiographies de l’étalon : Bruneau indique que certains pays européens examinent les articulations des candidats reproducteurs.
    • Avant une vente, prévois des radiographies : Bruneau note que les lésions pèsent sur le prix.

    Les options de traitement vont de la réduction de l’exercice à la chirurgie, que Bruneau décrit comme une solution courante, aujourd’hui souvent par arthroscopie. La décision revient au vétérinaire, au vu des images et de l’âge du poulain. Si tu achètes un jeune cheval, notre guide pour acheter un poulain chez un éleveur détaille les étapes de l’achat.

    Sources : P. Bruneau, travail de fin d’études sur la sélection génétique et l’ostéochondrose du cheval, faculté de médecine vétérinaire, université de Liège, 2021-2022 · Wikipédia, « Ostéochondrite ».

  • Poulain, pouliche, foal, yearling : les noms du jeune cheval selon son âge

    Une annonce propose un « foal 2026 », un catalogue parle de « yearlings », un éleveur présente sa « poulinière suitée ». L’élevage du cheval a son vocabulaire, mêlé d’anglicismes. Voici les mots que tu croiseras, rangés par âge et par rôle, avec la définition que leur donnent le dictionnaire de Littré et les articles de Wikipédia consacrés au cheval.

    Ce qu’il faut retenir

    • Poulain désigne le jeune mâle, pouliche la jeune femelle.
    • Foal désigne le poulain né dans l’année, yearling le jeune cheval dans sa deuxième année.
    • On parle de poulain ou de pouliche jusqu’à 3 ans.
    • La poulinière est la jument destinée à la reproduction. Suitée, elle est accompagnée de son poulain.
    • Étalon, entier et hongre ne disent pas la même chose.

    Le jeune cheval, âge par âge

    Âge Mot employé Source
    Né dans l’année poulain ou pouliche, couramment « foal » Wikipédia, « Poulain »
    Deuxième année « yearling » Wikipédia, « Yearling »
    Moins de 3 ans poulain ou pouliche Wikipédia, « Cheval »
    Adulte jument, étalon, entier, hongre Wikipédia, « Cheval »

    Poulain et pouliche

    Littré définit le poulain comme le « nom du cheval avant l’âge adulte » et la pouliche comme une « jument qui n’est pas encore adulte ». Il précise qu’on disait autrefois « poulaine » ou « pouline » pour la femelle.

    D’après l’article de Wikipédia consacré au poulain, le mot est attesté en français dès le XIe siècle. Il viendrait du latin pullus, « petit d’un animal ». Le même article indique que, traditionnellement, on appelle poulain tout jeune cheval de moins de trois ans, et que dans certaines races et certains sports le terme s’emploie jusqu’à cet âge.

    Foal et yearling, deux mots anglais

    Le poulain né dans l’année est couramment appelé « foal », un anglicisme. Wikipédia note une curiosité : le latin pullus et l’anglais foal remontent à la même racine indo-européenne, qui désigne un jeune animal.

    Le « yearling » désignait au départ un pur-sang anglais dans sa deuxième année. Par extension, le mot s’applique aux poulains de toutes les races nés l’année précédente. Tu le croiseras dans les catalogues de vente et les concours d’élevage, présentés dans notre article sur l’élevage de chevaux de sport.

    Dans une annonce, « foal 2026 » veut dire « né en 2026 ». Le millésime compte plus que le mot : vérifie toujours la date de naissance sur les papiers, comme l’explique notre guide pour acheter un poulain chez un éleveur.

    Les mots de la mère

    • Jument : la femelle adulte.
    • Poulinière : selon Littré, une « jument destinée à la reproduction ». Wikipédia ajoute qu’une poulinière doit réunir des qualités qui augmentent les chances d’obtenir le poulain attendu.
    • Primipare : d’après l’article « Cheval » de Wikipédia, se dit d’une jument gestante pour la première fois.
    • Suitée : Littré la définit comme une « jument accompagnée de son poulain ». Il cite un rapport parlementaire du XIXe siècle où l’herbage d’une poulinière suitée en Normandie coûtait 338 francs, contre 268 francs sans poulain.

    Les étapes de la naissance, de la préparation à la délivrance, sont dans notre article sur le poulinage de la jument.

    Les mots du père

    • Étalon : un mâle reproducteur reconnu, autorisé en élevage à se reproduire.
    • Entier : un mâle adulte non castré, qu’il serve ou non à la reproduction.
    • Hongre : un mâle castré. Le mot vaut aussi pour l’âne et le mulet castrés.

    Tout entier n’est donc pas un étalon. La décision de castrer, et l’âge pour le faire, sont détaillés dans notre article sur la castration du poulain.

    Les moments de la vie du poulain

    • Le poulinage : la mise bas de la jument.
    • La bourre : le poil de naissance, qui tombe et laisse parfois apparaître une autre couleur. Notre article sur la robe du poulain explique ces changements.
    • Le sevrage : la séparation de la mère, vers 6 à 8 mois en élevage selon Wikipédia. Méthodes et précautions sont dans notre guide du sevrage du poulain.
    • Le débourrage : l’étape où le jeune cheval apprend à accepter une selle, un filet et un cavalier, ou à tirer une voiture.

    Poulain, un mot à plusieurs sens

    Le mot ne désigne pas que le jeune cheval. Littré lui donne un deuxième sens : une sorte de traîneau sans roue pour porter de gros fardeaux, ou une échelle garnie d’échelons de fer qui sert à déplacer les barriques dans un magasin. Wikipédia rapporte un autre usage, historique : pendant les croisades, les enfants de croisés nés en route, souvent en Orient, étaient surnommés les poulains, et beaucoup ont gardé ce nom. Le même article cite le poulain de Pézenas, un cheval-jupon manié par huit hommes dans l’Hérault, entré au patrimoine de l’humanité.

    Pourquoi ces mots comptent

    Le vocabulaire te sert d’abord à lire une annonce ou un catalogue sans contresens. Il te sert aussi face à un éleveur : demander si une jument est primipare, si un poulain est entier, ou depuis quand une poulinière est suitée, c’est poser les bonnes questions. Notre guide pour choisir un éleveur de poulains en donne la liste complète.

    Sources : Wikipédia, « Lexique du cheval », « Poulain », « Yearling » et « Cheval » · Dictionnaire de Littré, entrées « poulain », « pouliche », « poulinière » et « suitée ».

  • Vaccination du poulain : à quel âge commencer et quelles obligations

    En France, aucune vaccination des chevaux n’est rendue obligatoire par l’État. C’est la première phrase de la fiche « La réglementation vaccinale en France » publiée le 6 janvier 2026 par Marie Delerue, Gwenaëlle Grandchamp-Renard et Cathy Ménard. Mais la grippe et la rhinopneumonie deviennent obligatoires dès que le cheval participe à certaines épreuves ou sert à la reproduction. Pour un poulain, le calendrier se décide donc tôt, en pensant à son avenir.

    Ce qu’il faut retenir

    • Trois maladies sont visées : la grippe, la rhinopneumonie et le tétanos.
    • L’âge de départ dépend de la mère : 5 à 6 mois si elle est vaccinée, dès 2 mois sinon, selon le RESPE.
    • La primo-vaccination compte plusieurs injections, puis des rappels.
    • Les obligations dépendent de l’usage : épreuves d’élevage, compétition, reproduction.
    • Le tétanos n’est jamais obligatoire, mais reste vivement conseillé.

    Les trois maladies visées

    La grippe se transmet surtout par les sécrétions respiratoires. La fiche du RESPE, le réseau d’épidémiosurveillance en pathologie équine, précise que la mortalité est quasi nulle chez l’adulte, mais que de jeunes poulains meurent de complications de pneumonie.

    La rhinopneumonie provoque des troubles respiratoires et des avortements. Notre article pour faire saillir sa jument rappelle qu’elle est la première cause d’avortement infectieux.

    Le tétanos n’est pas contagieux. La fiche de 2026 explique que c’est pour cette raison que son vaccin n’est pas obligatoire : il protège seulement le cheval vacciné. Elle le juge vivement conseillé du fait de la gravité de la maladie.

    À quel âge commencer

    Tout dépend des anticorps que le poulain a reçus de sa mère par le colostrum. La fiche grippe du RESPE, mise à jour en juin 2014, distingue deux cas :

    • mère vaccinée : primo-vaccination à partir de 5 à 6 mois. Vacciner plus tôt, quand les anticorps maternels sont encore là, gêne la mise en place de l’immunité ;
    • mère non vaccinée : vaccination à partir de 2 mois. Avant cet âge, le poulain ne développe pas encore une bonne réponse immunitaire.

    Le RESPE conseille aussi un rappel chez la poulinière 4 à 6 semaines avant le poulinage, pour enrichir le colostrum. Ce point est détaillé dans notre guide de la gestation de la jument, et le rôle du colostrum dans notre article sur le poulain nouveau-né.

    Le protocole de base

    Pour la grippe, la fiche du RESPE de 2014 décrit une primo-vaccination en trois injections : deux à un mois d’intervalle, puis une troisième six mois après la deuxième. L’immunité apparaît environ 15 jours après la deuxième injection et dure entre 6 et 12 mois. Les rappels se font au minimum chaque année, avant le 365e jour, et si possible tous les six mois.

    Autres précisions de la même fiche :

    • certains vaccins associent grippe et tétanos, ou grippe et rhinopneumonie ;
    • on ne vaccine qu’un animal en bonne santé ;
    • certains chevaux ont de la fièvre 2 à 3 jours après l’injection.

    Cette fiche date de 2014. Les intervalles exacts exigés aujourd’hui varient selon le règlement visé : ton vétérinaire les adapte au vaccin utilisé et au projet du poulain.

    Les obligations selon l’usage

    La fiche de janvier 2026 détaille les cas où la vaccination devient obligatoire :

    Situation Ce qu’exige la fiche de 2026
    Épreuves d’élevage et de valorisation SHF, sauf poulains non sevrés Grippe et rhinopneumonie. Depuis le 1er janvier 2022, au moins les deux premières injections, la dernière faite 7 jours au minimum avant le premier jour d’épreuve
    Compétitions FFE, divisions Pro et Amateur Grippe et rhinopneumonie : obligation en Pro depuis le 1er janvier 2024, étendue à l’Amateur depuis le 1er janvier 2026. Trois injections de primo-vaccination, rappels annuels, aucune injection dans les 7 jours avant une compétition
    Reproducteurs Étalons utilisés en insémination artificielle (arrêté du 4 novembre 2010), étalons de plusieurs stud-books en monte naturelle, juments saillies par certains étalons : règlement de chaque stud-book
    Compétitions FEI Grippe uniquement

    Les courses ont leurs propres codes, décrits dans la même fiche. Si ton poulain est destiné aux concours d’élevage, le calendrier SHF fixe la date limite de sa première vraie échéance. Les règles de ces concours sont présentées dans notre article sur l’élevage de chevaux de sport.

    Le tétanos, à ne pas oublier

    Un poulain se blesse facilement au pré. Le tétanos entre par une plaie, et le vaccin n’est exigé par aucun règlement : c’est à toi d’y penser. Avant une castration, le cours de chirurgie de l’université de Constantine recommande un rappel chez un cheval vacciné, ou un sérum si le statut est inconnu. Notre article sur la castration du poulain détaille cette préparation.

    Organiser le calendrier

    • Note le statut vaccinal de la mère avant la naissance : il fixe l’âge de départ.
    • Le RESPE rappelle qu’un mauvais état général nuit à l’immunité : évite de faire coïncider la première injection avec le sevrage, période de stress pour le poulain.
    • Garde la trace de chaque injection, avec la date et le nom du vaccin.
    • Repère la date de la première épreuve visée et compte à rebours avec ton vétérinaire.
    • Programme les rappels avant leur échéance : la fiche de 2026 montre que, dans plusieurs règlements, une rupture vaccinale entraîne une reprise du protocole.

    Sources : M. Delerue, G. Grandchamp-Renard, C. Ménard, « La réglementation vaccinale en France », 6 janvier 2026 · RESPE, fiche « Grippe », mise à jour juin 2014 · Université de Constantine, cours « La castration du cheval », 2025-2026.

  • Robe du poulain : prévoir sa couleur à partir de celle des parents

    La robe d’un poulain dépend d’un petit nombre de gènes. L’article de Wikipédia en anglais sur la génétique des robes le résume ainsi : toutes les variations de couleur viennent de changements dans quelques gènes seulement. Le bai est la robe la plus courante, devant le noir et l’alezan. Connaître la robe des parents permet donc de prévoir une partie du résultat. Pas tout : certains gènes restent cachés, et la couleur change après la naissance.

    Ce qu’il faut retenir

    • Trois robes de base : le noir, l’alezan et le bai.
    • Deux gènes les répartissent : Extension et Agouti.
    • Deux parents alezans transmettent chacun le même allèle alezan.
    • Les gènes de dilution (crème, dun, champagne) éclaircissent la robe de base.
    • Un poulain gris naît foncé et blanchit avec l’âge.
    • Un test ADN des parents précise les probabilités.

    Trois robes de base et deux pigments

    D’après l’article de Wikipédia sur la robe du cheval, trois robes de base sont identifiées dès les années 1940 : le bai, l’alezan et le noir. Toutes les autres en dérivent, par dilution, par ajout de poils blancs ou par des marques.

    Ces robes reposent sur deux pigments. L’eumélanine donne le noir ou le brun foncé. La phéomélanine donne les tons fauves, roux et rouges. Deux gènes décident de leur répartition dans le pelage : Extension et Agouti.

    L’alezan, la robe la plus simple à prévoir

    Le gène Extension commande la production du pigment noir. Wikipédia en anglais explique qu’une mutation récessive, notée e, supprime cette fonction. Un cheval qui porte deux copies de e est alezan, quel que soit le reste de son génotype pour Agouti.

    Deux conséquences pour l’éleveur :

    • un cheval alezan porte forcément deux e et transmet un e à chacun de ses poulains. Deux parents alezans donnent donc un poulain de base alezane ;
    • un cheval qui ne porte qu’un seul e n’en montre rien. Deux parents bais porteurs chacun d’un e donnent parfois un poulain alezan, ce qui surprend souvent.

    Bai ou noir : le rôle d’Agouti

    Le gène Agouti empêche le pigment noir de s’installer partout : certaines zones restent noires, d’autres rousses. C’est ce qui fait le bai. Une mutation d’Agouti, notée a, supprime ce contrôle : le cheval devient entièrement noir. D’après l’article de Wikipédia en français, le bai est dominant sur le noir. Ces deux robes n’apparaissent que si le cheval porte au moins un allèle Extension fonctionnel.

    Les gènes de dilution

    Ils éclaircissent la robe de base. L’article de Wikipédia sur la robe du cheval décrit les principaux :

    Gène Effet décrit
    Crème, une copie alezan devenu palomino, bai devenu isabelle, noir devenu noir réglisse
    Crème, deux copies crème (cremello), perlino ou réglisse crème, peau rose et yeux bleus
    Dun robe éclaircie, raie de mulet et zébrures sur les membres
    Champagne poulain né avec la peau rose et les yeux bleus, qui foncent ensuite

    Un cheval qui porte deux copies d’un allèle le transmet toujours, rappelle Wikipédia en anglais. Un étalon cremello donne donc toujours un poulain dilué au moins une fois. De même, un parent qui porte deux copies de dun a toujours des poulains dun.

    Le gris : un poulain qui naît foncé

    Le gris n’est pas une couleur de naissance. Selon l’article de Wikipédia sur la robe du cheval, le gène gris épuise tôt les cellules qui fabriquent le pigment. Le poulain naît coloré, noir, bai ou isabelle, puis blanchit au fil des années. La plupart des chevaux que l’on croit blancs sont en réalité gris clair : c’est le cas du Camarguais, du Lipizzan ou du Pure race espagnole. Le même article signale que le grisonnement est lié aux mélanomes, des tumeurs de la peau à surveiller avec ton vétérinaire.

    Pourquoi la robe change après la naissance

    • La bourre. Les poulains noirs naissent parfois avec une robe gris foncé, qui noircit quand ils perdent leur poil de naissance.
    • Le palomino. Il naît souvent plus clair qu’il ne le sera adulte.
    • Le champagne. La peau se tache de sombre et les yeux deviennent verts ou noisette.
    • Le gris. Il éclaircit toute sa vie.

    Prends des photos à la naissance puis après la mue : elles t’aideront à suivre l’évolution de la robe.

    Tester l’ADN des parents

    Selon l’article de Wikipédia en français, la génétique permet aujourd’hui de prévoir statistiquement la robe d’un poulain à naître à partir de l’analyse des parents. Extension, crème, dun et champagne se détectent par test ADN, d’après l’article en anglais. Une précaution donnée par la même source : un résultat négatif signifie qu’aucune mutation connue n’a été trouvée, pas qu’il n’en existe aucune.

    Si la robe compte dans ton projet, intègre ce critère au choix de l’étalon, avec les origines et la fertilité. Notre article pour faire saillir sa jument détaille les autres critères.

    Déclarer la robe

    La robe fait partie des informations transmises lors de la déclaration de naissance, puis elle est relevée lors de l’identification du poulain. Les délais et les étapes sont dans notre guide de la déclaration de naissance d’un poulain.

    Sources : Wikipédia, « Robe (cheval) » · Wikipédia en anglais, « Equine coat color genetics ».

  • Castration du poulain : à quel âge, comment et avec quels risques

    La castration est l’une des interventions chirurgicales les plus pratiquées chez le cheval, rappelle le cours de chirurgie de l’Institut des sciences vétérinaires de l’université de Constantine. Le geste paraît simple, mais l’association des vétérinaires équins britanniques (BEVA) écrit dans sa note de 2024 que les complications sont courantes. Voici les repères pour choisir le moment, comprendre les options et préparer les jours qui suivent.

    Ce qu’il faut retenir

    • La castration se pratique de la naissance à 2 ans selon les élevages. L’usage traditionnel la place vers 1 an.
    • Elle se fait debout sous sédation ou couché sous anesthésie générale.
    • Elle est définitive.
    • Gonflement, saignement, infection et éventration sont les complications décrites.
    • Vérifie la protection contre le tétanos avant l’intervention.

    Pourquoi castrer

    Un mâle castré s’appelle un hongre. D’après l’article de Wikipédia consacré au hongre, la castration supprime les hormones liées au comportement sexuel : le cheval devient en général plus calme et plus facile à mener au quotidien. Le même article nuance : le caractère dépend aussi de l’éducation et des origines, et l’on croise des étalons dociles comme des hongres difficiles.

    Pour l’éleveur, castrer sert aussi la sélection. Seuls les meilleurs mâles restent entiers. Wikipédia cite une estimation traditionnelle d’environ 10 % de mâles conservés comme étalons. Si tu vises la reproduction, regarde d’abord les règles d’approbation des stud-books, présentées dans notre article sur l’élevage de chevaux de sport.

    Le cours de Constantine cite aussi des raisons médicales : tumeur du testicule, torsion du cordon, hernie scrotale.

    À quel âge castrer un poulain

    Il n’existe pas d’âge unique. Le cours de Constantine donne ces repères :

    • dès la naissance : c’est possible, car les testicules sont souvent déjà descendus. Leur position définitive est atteinte quelques semaines plus tard ;
    • avant le sevrage : la récupération serait meilleure et les complications moins nombreuses que chez un cheval plus âgé ;
    • pendant la première année : le poulain est plus difficile à maîtriser et ses testicules, petits, se rétractent facilement, ce qui complique le geste ;
    • vers 1 an : c’est l’âge traditionnel ;
    • vers 2 ans : certains attendent que le caractère masculin soit développé.

    La BEVA note que le gonflement important et les saignements touchent plus souvent les chevaux âgés. Ton vétérinaire tranche selon le poulain, son gabarit et ta conduite d’élevage. Si tu sèvres à l’automne, notre guide du sevrage du poulain t’aide à caler le calendrier pour ne pas cumuler deux sources de stress.

    Le testicule qui ne descend pas

    Avant de fixer une date, le vétérinaire palpe les deux testicules. Un poulain dont un testicule n’est pas descendu est dit cryptorchide. Une fiche du gouvernement de l’Ontario explique que ce testicule ne produit pas de spermatozoïdes fonctionnels mais sécrète de la testostérone : le cheval garde un comportement d’étalon. Ce testicule est aussi plus exposé aux tumeurs, et la castration coûte plus cher.

    Selon la même fiche, le testicule gauche se trouve dans l’abdomen chez 75 % des chevaux cryptorchides, contre 42 % pour le droit. La BEVA précise qu’un cheval né avec un seul testicule est rare : le testicule « manquant » se trouve presque toujours entre le rein et le scrotum. Il faut alors parfois opérer en clinique, sous anesthésie générale ou par cœlioscopie, avec un coût supplémentaire.

    Debout ou couché

    Deux options, d’après le cours de Constantine :

    • debout, sous tranquillisant et anesthésie locale ;
    • couché, sous anesthésie générale : sur le côté au pré, ou sur le dos au bloc opératoire.

    Le choix dépend du tempérament du poulain, de sa taille, des moyens de contention, des risques de l’anesthésie générale et de l’expérience du chirurgien. Un cordon anormal, des antécédents de hernie ou des testicules mal palpés orientent vers la position couchée.

    Technique ouverte ou fermée

    En castration ouverte, le chirurgien incise l’enveloppe qui entoure le testicule. La technique coûte moins cher, surtout debout, et permet de contrôler ce qu’il retire. Elle expose en revanche à l’éventration et aux infections de la cavité abdominale. En castration fermée, cette enveloppe reste intacte : moins de risque d’éventration et d’hémorragie, mais pas de contrôle visuel du contenu et une hémostase parfois moins sûre. Après une castration ouverte, les plaies restent en général ouvertes pour cicatriser.

    Les complications, chiffres à l’appui

    La note de la BEVA de 2024 donne ces fréquences :

    Complication Fréquence citée par la BEVA
    Gonflement important 40 % des cas
    Saignement qui demande un traitement 15 % des castrations
    Éventration (sortie d’intestin ou d’épiploon) jusqu’à 5 %, surtout chez les chevaux de trait

    Un gonflement modéré est normal. Le cours de Constantine indique qu’il dure en général 3 à 6 jours et doit nettement diminuer dans les 9 jours. L’éventration survient dès l’opération et jusqu’à une semaine plus tard. Si de l’intestin sort, c’est une urgence vitale qui demande une chirurgie en clinique.

    Autres complications décrites : infection chronique du cordon, péritonite, adhérences, accumulation de liquide qui donne l’impression que le cheval a encore ses testicules.

    Préparer l’intervention

    • Vérifie la vaccination contre le tétanos. Le cours de Constantine recommande un rappel pour un cheval vacciné, ou un sérum si le statut est inconnu.
    • Présente un poulain en bonne santé, dans un lieu propre.
    • Demande le coût de l’intervention et celui des complications possibles. La BEVA conseille un consentement écrit.
    • Surveille chaque jour le gonflement, le saignement, l’appétit et la température.
    • Garde le numéro du vétérinaire à portée de main.

    Un poulain manipulé depuis le sevrage se laisse mieux examiner et soigner. Notre article pour éduquer un poulain explique comment préparer ces moments.

    Sources : BEVA, « Advice note for clients on castration of horses and ponies », 2024 · Université de Constantine, Institut des sciences vétérinaires, cours « La castration du cheval », 2025-2026 · Gouvernement de l’Ontario, « La cryptorchidie chez le cheval » · Wikipédia, « Hongre ».

  • Poulain nouveau-né : les contrôles des premières heures et des premiers jours

    Les premières heures décident de la santé du poulain. Il doit se lever, téter et boire le colostrum de sa mère dans un délai court, car il naît sans défenses immunitaires. Ton rôle est de surveiller sans gêner, et d’appeler le vétérinaire dès qu’une étape tarde. Voici les repères horaires et les contrôles à faire, d’après deux structures vétérinaires et l’IFCE.

    Ce qu’il faut retenir

    • Le poulain fait ses premiers efforts pour se lever dans les 30 minutes et doit être debout en 2 heures.
    • Il naît sans anticorps : le colostrum, premier lait de la jument, les lui apporte.
    • Son intestin cesse d’absorber les anticorps au bout de 24 heures.
    • Surveille le méconium, les urines, le nombril et la température.
    • Un retard sur une étape justifie un appel au vétérinaire.

    La chronologie des premières heures

    Les repères de l’hôpital vétérinaire de Sherbrooke :

    Étape Délai normal
    Premiers efforts pour se lever Dans les 30 minutes
    Debout Dans les 2 heures
    Première tétée Entre 3 et 6 heures de vie
    Méconium, premier crottin orangé et collant Après 8 heures
    Première urine Vers 12 heures

    Les vétérinaires du Maine donnent un repère proche : au bout de 3 heures au plus, le poulain doit se lever et téter. S’il n’est ni debout ni en train de téter au bout de 2 h 30 à 3 heures, il faut intervenir. La conférence IFCE de 2024 sur le sevrage situe l’ingestion du colostrum vers 2 heures après la naissance, avec environ 7 tétées par heure le premier jour.

    Le colostrum : la priorité absolue

    Le poulain naît sans immunité, rappellent les vétérinaires du Maine. Aucun anticorps ne passe de la jument au poulain pendant la gestation, précise l’hôpital de Sherbrooke. Il les reçoit par le colostrum.

    • Le colostrum apporte aussi de l’énergie et aide le transit.
    • L’intestin du poulain se ferme aux anticorps au bout de 24 heures. Passé ce délai, il ne les absorbe plus.
    • Repère de l’hôpital de Sherbrooke : le poulain boit environ 10 % de son poids en colostrum, idéalement dans les 6 à 12 premières heures. Un poulain de 35 kg boit donc environ 3,5 litres.
    • La qualité du colostrum varie selon l’âge de la jument, ses vaccins et les pertes de lait avant le poulinage.

    Si le poulain est trop faible pour téter ou boit trop peu, appelle ton vétérinaire. Il vérifie le transfert d’immunité par une prise de sang dans les 12 à 16 premières heures, et dispose de solutions en cas d’échec.

    Les vaccins de la jument en fin de gestation renforcent ce colostrum. Le calendrier est détaillé dans notre guide sur la gestation de la jument.

    Les contrôles à faire

    Les vétérinaires du Maine conseillent de surveiller le nouveau-né toutes les 2 heures. Regarde :

    • son état : il est vif et alerte ;
    • sa posture et ses membres : l’hôpital de Sherbrooke cite les déviations, la laxité des ligaments et les contractures, à montrer au vétérinaire ;
    • sa température, autour de 38 °C ;
    • sa respiration ;
    • ses urines : aucune urine ne doit couler par le nombril, signe d’une persistance de l’ouraque ;
    • ses crottins : un méconium qui ne sort pas est dangereux, appelle le vétérinaire ;
    • son nombril, à désinfecter et à contrôler chaque jour, selon le protocole de ton vétérinaire ;
    • ses gencives, roses. Des gencives jaunâtres signalent un problème grave.

    Les gestes à éviter

    D’après les vétérinaires du Maine :

    • trop de monde autour du box ;
    • retirer l’enveloppe du poulain à la place de la jument, sauf si elle n’est pas déchirée et que la mère ne s’en occupe pas ;
    • aider le poulain à se lever : laisse-le se débrouiller seul, dans les délais normaux.

    Le lien entre la jument et son poulain se forme par les léchages des premières minutes. Notre article pour éduquer un poulain explique pourquoi il vaut mieux ne pas s’interposer.

    Le poulain prématuré

    Un poulain né avant 320 jours de gestation est prématuré, selon l’hôpital de Sherbrooke. Signes : front bombé, poil soyeux, oreilles molles ou recourbées, ligaments trop lâches. Les mêmes signes chez un poulain né à terme parlent de dysmaturité. Dans les deux cas, fais-le examiner au plus vite.

    Les premiers jours

    • La diarrhée de la chaleur de poulinage : l’hôpital de Sherbrooke la décrit comme le problème le plus fréquent, entre 7 et 10 jours. Elle vient du changement de flore intestinale, quand le poulain goûte à tout. Le poulain reste vif, mange bien et n’a pas de fièvre. Nettoie ses fesses. Si la fièvre ou l’abattement apparaissent, appelle le vétérinaire.
    • La croissance : d’après l’IFCE, le poulain prend en moyenne 1 kg par jour jusqu’à 6 mois.
    • La lactation : selon les vétérinaires du Maine, elle atteint son maximum au 3e mois.

    Le déroulement du poulinage et les soins à la jument sont détaillés dans notre article dédié. Pense aussi à la déclaration de naissance dans les 15 jours.

    Sources : Vétérinaires du Maine, « Gestation et poulinage » · Hôpital vétérinaire de Sherbrooke, « Le poulinage et le nouveau-né » · IFCE, « Réussir le sevrage de mon poulain », 2024.

  • Poulinage de la jument : les signes, les étapes et quand appeler le vétérinaire

    Le poulinage se prépare des semaines à l’avance et se déroule le plus souvent sans aide. Ton rôle est d’observer, de chronométrer et de savoir quand appeler le vétérinaire. Voici les signes qui annoncent la naissance, les trois étapes du poulinage et les situations d’urgence, d’après les fiches de deux structures vétérinaires.

    Ce qu’il faut retenir

    • Les signes avant-coureurs donnent une fenêtre, jamais une date précise.
    • Selon les vétérinaires du Maine, les trois quarts des juments poulinent la nuit.
    • L’expulsion du poulain dure de 5 à 30 minutes.
    • Pas d’évolution 10 à 15 minutes après la rupture des membranes : appelle le vétérinaire.
    • Placenta non expulsé au bout de 4 heures : urgence.

    Avant le jour J

    L’hôpital vétérinaire de Sherbrooke conseille de te préparer autour de 320 jours de gestation. Prévois :

    • un box propre, calme, de bonne taille, avec une litière de paille, qui ne colle pas aux naseaux du nouveau-né ;
    • le numéro de ton vétérinaire affiché près du box ;
    • une montre pour noter l’heure de chaque étape ;
    • si possible une caméra, pour observer à distance.

    Le suivi de la gestation jusqu’à ce stade est détaillé dans notre guide sur la gestation de la jument.

    Les signes qui annoncent le poulinage

    D’après l’hôpital vétérinaire de Sherbrooke :

    Signe Délai avant la naissance
    Mamelle qui se remplit 2 à 4 semaines
    Trayons qui se distendent 4 à 6 jours
    Bouchons de cire (colostrum séché) au bout des trayons 1 à 4 jours

    Ces délais sont indicatifs : certaines juments ne montrent aucun signe. Les vétérinaires du Maine ajoutent que du lait perle parfois, et que la jument devient inquiète, nerveuse et cherche à s’isoler. Ils rappellent qu’aucun moyen ne prévoit avec exactitude le moment du poulinage.

    Ne trais pas la jument avant le poulinage sans avis vétérinaire : le colostrum perdu n’est pas forcément remplacé.

    Les trois étapes du poulinage

    Étape 1 : la préparation

    Les contractions de l’utérus rendent la jument agitée. Elle se couche et se relève, regarde ou mord ses flancs, tourne en rond, sue et urine souvent : des signes qui ressemblent à des coliques. Cette phase dure environ une à deux heures. Elle place le poulain en position de plongeon : les sabots antérieurs devant, suivis du nez et de la tête.

    Si tu es là au début des contractions, fais un bandage de queue et lave la mamelle, la vulve et les cuisses au savon doux. Puis éloigne-toi et observe à distance : la plupart des juments attendent le calme pour pouliner.

    Un sac blanchâtre apparaît à la vulve, puis la poche des eaux se rompt. Aucune évolution après une ou deux heures : appelle ton vétérinaire.

    Étape 2 : l’expulsion

    Elle dure environ une demi-heure, et parfois 15 minutes seulement. Les vétérinaires du Maine donnent 5 à 30 minutes. La jument pouline le plus souvent debout, mais aussi couchée. Dans un poulinage normal, la tête et les antérieurs sortent en premier, puis l’encolure, le corps et les postérieurs.

    Vérifie qu’aucune membrane ne bouche les naseaux du poulain à la sortie.

    Étape 3 : la délivrance

    Le placenta est expulsé entre 15 minutes et 4 heures après la naissance. Examine-le pour vérifier qu’il est complet. L’IFCE, dans sa conférence de 2023, le qualifie de témoin à inspecter. Ne tire jamais dessus.

    Le cordon ombilical

    Le cordon relie encore la jument et le poulain jusqu’à ce que l’un des deux se lève. Un transfert de sang se fait à ce moment : il ne doit pas se rompre trop tôt. L’hôpital de Sherbrooke insiste : ne coupe jamais le cordon, au risque d’une hémorragie. S’il ne se rompt pas seul, ton vétérinaire te montre comment faire.

    Les situations d’urgence

    Situation Ce que tu fais
    Aucune évolution 1 à 2 heures après le début de la préparation Appelle le vétérinaire
    Aucune évolution 10 à 15 minutes après la rupture des membranes Appelle le vétérinaire tout de suite
    Sabots tournés vers le haut, poulain sur le dos ou présenté par les postérieurs Appel en urgence
    Sac rouge, et non blanc, à la vulve (décollement du placenta) Seule urgence où tu ouvres le sac et sors le poulain au plus vite, puis appelle le vétérinaire
    Placenta non expulsé au bout de 4 heures Urgence vétérinaire
    Jument agressive envers son poulain Retire le poulain en gardant le contact visuel, puis réintroduis-le avec de l’aide

    L’hôpital de Sherbrooke explique qu’une rétention du placenta au-delà de 6 heures expose la jument à un choc et à un risque accru de fourbure. Le refus du poulain est plus fréquent chez les jeunes poulinières.

    Après la naissance : la jument

    • Laisse-lui du foin et de l’eau fraîche à volonté.
    • Surveille sa température dans les 24 premières heures : la normale se situe entre 37,5 et 38,5 °C.
    • Surveille son appétit et ses crottins : le risque de coliques augmente après le poulinage.
    • Vérifie chaque jour que la mamelle désenfle et que le poulain la vide.

    Les contrôles du poulain lui-même, debout, tétée, colostrum, font l’objet d’un article à part. Et n’oublie pas la déclaration de naissance dans les 15 jours.

    Sources : Hôpital vétérinaire de Sherbrooke, « Le poulinage et le nouveau-né » · Vétérinaires du Maine, « Gestation et poulinage » · IFCE, « Mise à la reproduction de ma jument », 2023.

  • Éduquer un poulain : quand le manipuler et comment s’y prendre

    Un poulain bien éduqué se laisse attraper, mettre un licol, donner les pieds et mener en main. Ces bases se construisent tôt, mais pas n’importe quand. Les études d’éthologie relayées par l’IFCE montrent que certaines périodes comptent plus que d’autres. Voici ce qu’elles disent, et une méthode pour t’y mettre sans brusquer ton poulain.

    Ce qu’il faut retenir

    • Le lien entre la jument et son poulain se forme dans les premières minutes de vie. Ne le perturbe pas.
    • Manipuler un poulain dans ses premières semaines facilite le licol et la marche en main, sans effet durable démontré.
    • Les manipulations faites dans la foulée du sevrage ont des effets plus durables.
    • Des séances courtes et répétées valent mieux qu’une longue séance.
    • La jument sert de modèle : un poulain apprend aussi en la regardant.

    La mère, premier éducateur

    Le dossier documentaire « Éthologie équine » de l’IFCE (2015) rappelle plusieurs faits :

    • la jument forme avec son poulain un lien fort et exclusif, à travers les léchages des 30 premières minutes et les premières tétées ;
    • la rupture de ce lien, même brève, provoque une détresse extrême chez le poulain ;
    • le comportement de la mère influence celui de son poulain au-delà de la période d’allaitement.

    Conséquence pratique : à la naissance, laisse la jument faire. La conférence IFCE de 2024 sur le sevrage va dans le même sens et conseille d’utiliser la mère comme médiatrice. Un poulain qui voit sa mère calme au contact de l’humain apprend que ce contact est sans danger.

    Quand manipuler : ce que disent les études

    Dans les jours et semaines après la naissance

    Selon le dossier IFCE, manipuler un poulain dans les jours ou les semaines qui suivent sa naissance ne semble pas avoir d’effet à long terme. À court terme, en revanche, cela facilite la pose du licol et la marche en main, et réduit sa réactivité en présence de l’humain.

    Dans la foulée du sevrage

    Le dossier cite un programme de recherche selon lequel les manipulations faites aussitôt après la séparation d’avec la mère ont des effets plus durables et plus marqués qu’à une autre période. Les périodes de réorganisation sociale, comme le sevrage, seraient propices aux apprentissages. Manipuler au sevrage serait plus efficace, surtout si c’est répété sur le long terme.

    La conférence IFCE de 2024 précise le créneau : les 15 premiers jours après le sevrage. Les poulains y sont plus réceptifs, et ce qu’ils apprennent est mieux mémorisé, encore 18 mois après. Le détail du sevrage est dans notre article sur le sevrage du poulain.

    Ce qui pèse sur l’apprentissage

    • Un sevrage précoce affecterait les capacités d’apprentissage et l’émotivité, d’après les travaux cités par l’IFCE.
    • Les poulains nourris avant le sevrage avec une ration riche en matières grasses et en fibres sont moins stressés au sevrage et plus faciles à manipuler qu’avec une ration riche en sucres et en amidon (Nicol et al., 2005).
    • La manière dont le poulain perçoit la manipulation compte autant que la manipulation elle-même.

    Une méthode en quatre temps

    1. De la naissance au sevrage : la présence

    • Entre dans le pré ou le box avec calme, à heures régulières.
    • Occupe-toi de la jument devant son poulain : pansage, caresses, soins.
    • Laisse le poulain venir à toi. Touche l’épaule et l’encolure quand il s’approche.
    • Si tu poses un licol tôt, fais-le en douceur et sur de courtes durées.

    2. Les 15 jours après le sevrage : les bases

    C’est la fenêtre à ne pas manquer. Chaque jour, une séance courte :

    • approcher et toucher tout le corps, encolure, dos, croupe, membres ;
    • mettre et retirer le licol ;
    • faire quelques pas en main, s’arrêter, repartir ;
    • lever chaque pied quelques secondes, puis le reposer.

    3. Les mois suivants : les rappels

    Le dossier IFCE souligne l’intérêt de répéter sur le long terme. Garde des séances régulières, même brèves : pansage, pieds, marche en main, attache.

    4. Les nouveautés, une à la fois

    La conférence IFCE déconseille d’exposer les jeunes à des nouveautés au moment du sevrage. Introduis ensuite les nouveaux objets et situations un par un : tapis, douche, van, maréchal-ferrant.

    Les règles d’une bonne séance

    • Courte : quelques minutes suffisent à cet âge.
    • Toujours dans un endroit sûr et connu du poulain.
    • Termine sur une réussite, même petite.
    • Récompense le bon comportement par une pause ou une caresse.
    • Arrête si le poulain panique, et reprends plus tard à une étape plus facile.

    Les erreurs à éviter

    • Forcer une manipulation : d’après le dossier IFCE, la façon dont le poulain perçoit le contact influence sa relation future avec l’humain.
    • Séparer le poulain de sa mère pour l’éduquer avant le sevrage.
    • Sevrer et isoler un poulain au box, ce qui favorise tics et agressivité selon l’IFCE.
    • Tout enseigner le même jour.

    Si tu achètes un poulain, demande à l’éleveur ce qu’il sait déjà faire. Notre article pour acheter un poulain chez un éleveur liste les points à vérifier.

    Sources : IFCE, dossier documentaire « Éthologie équine, une science récente », 2015 · IFCE, « Réussir le sevrage de mon poulain », A. Kempfer et E. Provost, 3 octobre 2024.

  • Élevage de chevaux de sport : stud-book, concours et primes de l’éleveur

    Élever un cheval de sport, c’est faire naître un poulain destiné au saut d’obstacles, au dressage ou au concours complet, dans le cadre d’un stud-book. Le stud-book fixe les règles, organise les concours d’élevage et récompense les éleveurs. Pour rester concret, cet article prend l’exemple du Selle Français, à partir des documents du stud-book et de la Société Hippique Française (SHF).

    Ce qu’il faut retenir

    • Un stud-book est l’organisme qui tient le livre généalogique d’une race et en conduit la sélection.
    • Pour produire dans une race, l’étalon doit être approuvé par son stud-book.
    • Les jeunes chevaux passent par des concours d’élevage : foals, 2 et 3 ans, puis circuits de 4 à 6 ans.
    • Des primes récompensent les naisseurs dont les produits se qualifient.
    • Adhérer au stud-book donne accès aux tarifs et aux primes.

    Le stud-book : qui fait quoi

    La SHF range le Stud-book Selle Français parmi les organismes de sélection. Il propose plusieurs collèges d’adhésion :

    • les éleveurs, propriétaires d’au moins une jument saillie pour produire en Selle Français ;
    • les étalonniers, propriétaires d’au moins un étalon Selle Français, Anglo-arabe, Arabe ou Pur-sang approuvé à produire dans le stud-book ;
    • les propriétaires de chevaux Selle Français ;
    • les supporters. Ce dernier collège n’ouvre pas l’accès au tarif préférentiel des concours de modèle et allures ni aux primes.

    Si tu fais naître, c’est le collège des éleveurs qui te concerne.

    L’étalon approuvé

    Un poulain ne naît pas Selle Français avec n’importe quel père. L’étalon doit être approuvé à produire dans le stud-book. Le Stud-book Selle Français tient une base de données des étalons approuvés, à consulter avant de réserver une saillie.

    Pour le choix, la conférence de l’IFCE sur la mise à la reproduction (2023) retient cinq critères : la technique de monte, la génétique, la fertilité, le budget en coût global et la réglementation. Elle rappelle aussi que certains stud-books imposent des vaccins : la grippe pour le Selle Français.

    La préparation de ta jument est détaillée dans notre article pour faire saillir sa jument.

    Les concours d’élevage

    Le règlement technique des concours d’élevage Selle Français de 2019 donne la structure des circuits. Les règles changent chaque année : vérifie la version en cours auprès du stud-book. On y trouve :

    • les concours de foals et des poulinières suitées, avec des épreuves locales et régionales puis une finale nationale ;
    • le circuit des femelles de 2 et 3 ans, jugées sur le modèle et les allures ;
    • les circuits des mâles de 2 et 3 ans, orientés saut d’obstacles et complet, qui mènent à l’approbation ;
    • le testage des mâles de 3 ans ;
    • le circuit des 3 ans sport en saut d’obstacles et les « Espoirs du complet » en concours complet ;
    • un circuit dressage pour les foals, les 2 ans et les 3 ans ;
    • la labellisation des poulinières.

    Ces notes servent aussi à l’acheteur. Notre article pour acheter un poulain chez un éleveur explique comment les lire.

    Les primes : l’exemple du programme Génétique Avenir

    Le Stud-book Selle Français, avec l’Association syndicale des étalonniers privés, encourage l’usage des jeunes étalons pour réduire l’intervalle entre générations. C’est le programme Génétique Avenir.

    Les étalons concernés

    Tous les étalons approuvés à produire en Selle Français, dans leurs 5 premières années de monte en France et âgés de 9 ans au plus l’année de la saillie. Cette règle s’applique à partir de la saison de monte 2025.

    Les primes

    • Pour les foals nés en 2025 issus de ces étalons et présentés aux championnats de France, à Saint-Lô ou à Saumur pour le dressage, une sur-prime au naisseur. En 2024, la prime de la finale nationale était de 500 €.
    • Pour les chevaux de 4 à 6 ans qualifiés pour les finales des Cycles classiques SHF, à Fontainebleau en saut d’obstacles et en dressage, et à Pompadour en concours complet : 250 € par cheval qualifié pour une finale 2025, 500 € pour les meilleurs de leur génération.
    • Le naisseur doit être à jour de sa cotisation au stud-book.

    Les erreurs qui coûtent cher

    • Réserver un étalon sans vérifier qu’il est approuvé dans la race visée : le poulain ne sera pas inscrit comme tu l’espérais.
    • Oublier de régler sa cotisation au stud-book l’année concernée : les primes sont réservées aux adhérents à jour.
    • Négliger les vaccins exigés par le stud-book avant la mise à la reproduction.
    • Se fier à une version ancienne du règlement des concours : il évolue d’une saison à l’autre.

    Les étapes de l’éleveur de chevaux de sport

    1. Adhère au stud-book de la race visée.
    2. Choisis un étalon approuvé, en tenant compte des programmes d’encouragement.
    3. Prépare ta jument et suis la gestation. Notre guide sur la gestation de la jument détaille chaque période.
    4. Déclare la naissance et fais identifier le poulain dans les délais.
    5. Présente-le en concours de foals, puis sur les circuits d’élevage.
    6. Valorise ses résultats à la vente ou en le faisant évoluer sur les circuits jeunes chevaux.

    Le métier d’éleveur dans son ensemble est décrit dans notre guide sur les éleveurs de poulains.

    Sources : Stud-book Selle Français, programme Génétique Avenir · SHF, page d’adhésion au Stud-book Selle Français · Règlement technique des concours d’élevage Selle Français 2019 · IFCE, « Mise à la reproduction de ma jument », 2023.

  • Gestation de la jument : durée, suivi et alimentation période par période

    Ta jument est pleine. Pendant environ 11 mois, son alimentation, son suivi vétérinaire et sa préparation au poulinage changent selon le stade. Voici la durée de gestation, les contrôles à prévoir et les besoins de ta jument période par période, avec les sources vétérinaires et l’IFCE.

    Ce qu’il faut retenir

    • La gestation dure environ 11 mois, de 338 à 343 jours selon l’hôpital vétérinaire de Sherbrooke.
    • Le diagnostic de gestation se fait à l’échographie, dès le 14e jour.
    • Les besoins de la jument augmentent surtout dans les trois derniers mois.
    • Vise une note d’état corporel de 3 à 3,5 et donne de l’eau à volonté.
    • Prépare le poulinage à partir de 320 jours.

    Combien de temps dure la gestation

    Les vétérinaires du Maine indiquent une durée de 11 mois. L’hôpital vétérinaire de Sherbrooke, au Québec, précise 338 à 343 jours, soit un peu plus de 11 mois, et donne trois repères :

    • un poulain né avant 320 jours est considéré comme prématuré et demande des soins vétérinaires ;
    • au-delà de 340 jours, un examen vétérinaire est recommandé pour vérifier que tout va bien ;
    • prépare le poulinage autour de 320 jours après la saillie ou l’insémination réussie.

    Calcule ces dates dès la confirmation de gestation et note-les dans ton agenda.

    Confirmer et suivre la gestation

    • Le diagnostic se fait à l’échographie dès le 14e jour, selon les vétérinaires du Maine.
    • La conférence IFCE sur la mise à la reproduction (2023) insiste sur deux points : vérifier qu’elle est bien pleine, et repérer une gestation gémellaire, qui se gère avec le vétérinaire.
    • Le suivi pendant la gestation surveille les pertes embryonnaires, les anomalies et le développement du fœtus.

    Les trois périodes de la gestation

    Pascale Chavatte-Palmer a présenté pour l’IFCE en février 2021 un cours sur l’alimentation de la poulinière. Elle découpe la gestation en trois périodes :

    Période Ce qui se passe Besoins en énergie
    Début, jusqu’à 4 ou 5 mois Formation des organes et du placenta, mise en réserve d’énergie Proches de l’entretien. La qualité de la ration compte plus que la quantité
    Milieu, de 5 à 8 mois Croissance modérée du fœtus et du placenta Légèrement augmentés
    Fin, de 9 à 11 mois Croissance rapide du fœtus. 75 % du glucose circulant part vers le fœtus et le placenta 1,3 à 1,5 fois les besoins d’entretien

    Le poulain pèse à la naissance environ 10 % du poids de la jument vide. La Bergerie nationale donne un repère parlant : le fœtus pèse environ 10 kg à 7 mois et voisine les 50 kg à la naissance.

    Nourrir ta jument pleine

    Les recommandations du cours IFCE :

    • maintiens la note d’état autour de 3 à 3,5 ; une légère perte d’état n’est en général pas dangereuse ;
    • la jument ingère 1,5 à 3 % de son poids vif en matière sèche, plutôt 3 % quand elle est pleine ou allaitante ;
    • les fourrages forment au moins 50 % de la ration, et 100 % s’ils couvrent les besoins ;
    • les concentrés s’ajoutent ensuite, à hauteur de 5 à 30 % ;
    • attention aux excès de concentrés et d’amidon.

    La Bergerie nationale ajoute un point : en fin de gestation, la difficulté n’est pas l’énergie mais les protéines, les minéraux et les vitamines. Ajouter des céréales maintient l’état corporel sans couvrir ces besoins. Choisis un aliment conçu pour la poulinière ou fais équilibrer ta ration.

    Elle conseille aussi de présenter à la jument, aux 10e et 11e mois, les aliments de sa future ration de lactation, pour que son système digestif s’y habitue.

    L’eau : ne la limite jamais

    Jument Besoin en eau
    Gestante 5,1 à 6,9 litres par 100 kg de poids vif et par jour
    Allaitante 11,9 à 13,9 litres par 100 kg de poids vif et par jour

    Ces besoins augmentent avec une ration de fourrages secs. Pour une jument de 500 kg pleine, compte de 25 à 35 litres par jour.

    Vaccins et vermifuges en fin de gestation

    • La conférence IFCE de 2023 conseille de vacciner dans les 4 à 6 semaines qui précèdent le poulinage, pour augmenter les anticorps du colostrum et protéger le poulain pendant ses premiers mois.
    • Elle ne conseille pas de vermifuger à nouveau dans les jours qui précèdent le poulinage. Vérifie toujours avec ton vétérinaire qu’un vermifuge convient à une jument pleine.

    Préparer le poulinage

    • La Bergerie nationale recommande de rentrer la jument au box environ 45 jours avant le poulinage : elle produit alors des anticorps adaptés aux microbes du lieu où elle va pouliner.
    • Prépare un box propre, calme, assez grand, avec une litière de paille, comme le conseille l’hôpital vétérinaire de Sherbrooke.
    • Garde le numéro de ton vétérinaire près du box.

    Le choix de l’étalon et la préparation de la jument avant la saillie sont détaillés dans notre article pour faire saillir sa jument. Après la naissance, pense à la déclaration de naissance dans les délais.

    Sources : P. Chavatte-Palmer, IFCE, « Alimenter la poulinière de la conception au poulinage », février 2021 · Hôpital vétérinaire de Sherbrooke, « Le poulinage et le nouveau-né » · Vétérinaires du Maine, « Gestation et poulinage » · IFCE, « Mise à la reproduction de ma jument », 2023 · Bergerie nationale, « Conduite de la jument gestante ».