Un poulain orphelin, ou rejeté par sa mère, n’a pas de temps à perdre : sans colostrum dans ses premières heures, il reste sans défenses. Ensuite, il faut le nourrir des dizaines de fois par jour, puis l’élever comme un cheval et non comme un animal de compagnie. Cet article s’appuie sur un guide de l’université du Nebraska, sur une thèse de l’École vétérinaire de Toulouse et sur la synthèse de Katherine Houpt sur le comportement maternel de la jument.
Ce qu’il faut retenir
- Le colostrum d’abord : sa capacité d’absorption chute après 12 heures.
- Une jument nourrice reste la meilleure solution, quand on en trouve une.
- À défaut, un lait de remplacement conçu pour le poulain, pas du lait de vache entier.
- Des petits repas fréquents, puis un apprentissage du seau.
- Un compagnon de son espèce, pour qu’il apprenne à être un cheval.
Les premières heures : le colostrum
Le guide du Nebraska rappelle que le colostrum, le premier lait de la jument, apporte les anticorps. La capacité du poulain à les absorber baisse fortement après 12 heures et devient minime à 24 heures. Il recommande, idéalement, 250 à 300 ml toutes les une à deux heures pendant les six premières heures. Quand le vétérinaire donne lui-même le colostrum, au biberon ou à la sonde, le guide parle d’environ 2 à 3 litres au total, en trois ou quatre doses. Fais valider ces quantités par ton vétérinaire, qui contrôle ensuite par une prise de sang que les anticorps sont bien passés. Sans colostrum, il existe des immunoglobulines lyophilisées et du plasma, à administrer sous son contrôle.
- Le colostrum se congèle et se garde jusqu’à un an.
- Décongèle-le à température ambiante, jamais au micro-ondes, qui détruit les anticorps.
- Si tu fais naître plusieurs poulains, garde une réserve congelée.
Les contrôles du nouveau-né sont détaillés dans notre article sur le poulain nouveau-né.
La jument nourrice
La thèse de Sabrina Massoni (ENVT, 2003) présente la jument nourricière comme la meilleure solution pour un poulain orphelin ou rejeté. Elle cite des études selon lesquelles les poulains qui ne sont pas élevés par une jument développent plus souvent des troubles du comportement social. Le guide du Nebraska note qu’une nourrice allège beaucoup le travail, mais qu’elle est difficile à trouver et refuse parfois le poulain.
Faire accepter le poulain
Houpt décrit la méthode : la nourrice est attachée, une barrière empêche le contact en dehors des tétées, et elle ne doit pas flairer le poulain pendant au moins 24 heures de tétées. L’acceptation se voit quand elle laisse téter en flairant sous la queue du poulain. Le contact s’élargit ensuite, après environ 36 heures. Les mêmes précautions servent pour une jument qui rejette son propre poulain, voir notre article sur le rejet du poulain.
La lactation provoquée
La thèse étudie une autre piste : déclencher la lactation chez une jument qui n’a pas pouliné, par un traitement hormonal étudié à l’INRA de Tours-Nouzilly. Dans le protocole de référence, le lait apparaissait pendant la deuxième semaine de traitement, et un colostrum de bonne qualité n’a été obtenu que chez une jument. C’est une technique de vétérinaire spécialisé, pas une solution d’urgence.
L’allaitement artificiel
Le lait
- Un lait de remplacement formulé pour le poulain est la solution à privilégier, selon le guide du Nebraska.
- Les recettes maison ne servent qu’à dépanner sur une courte durée.
- Le lait de vache entier est à éviter : il ramollit les crottins.
- Le guide cite aussi le lait d’une chèvre laitière, que certains poulains tètent directement, avec un complément quand le poulain grandit.
Le rythme
Au naturel, un poulain tète jusqu’à 17 fois par heure la première semaine, puis environ 3 fois par heure. Le guide en tire un rythme : un repas toutes les une à deux heures la première semaine, puis toutes les quatre à six heures après deux semaines. De petits repas fréquents valent mieux que deux gros repas par jour, qui causent souvent de la diarrhée. Si elle apparaît, notre guide sur la diarrhée du poulain t’aide à réagir.
Le seau
Apprends-lui tôt à boire au seau : le guide note que c’est possible jeune, et que ça réduit nettement la charge de travail. Lave biberon, tétine et seau après chaque repas.
Les aliments solides
Le poulain commence à manger du solide en quelques semaines. Laisse-lui un accès à du foin de qualité, de l’herbe et un aliment adapté, dont la transition est traitée dans notre article sur le sevrage du poulain.
L’élever comme un cheval
Le guide du Nebraska insiste sur ce point : traite l’orphelin comme un cheval, pas comme un animal de compagnie, pour limiter les problèmes de comportement. Élève-le si possible avec un autre orphelin, un poney, une chèvre ou un cheval calme. Dès qu’il prend des forces, sors-le dans un petit pré pour qu’il bouge. Les règles de manipulation sont dans notre article sur l’éducation du poulain.
Bonne nouvelle pour la suite : le guide cite une étude où des orphelins bien suivis étaient plus petits que des poulains élevés par leur mère à 30 jours, mais ne montraient plus de différence de taille au garrot à 180 jours, et seulement un léger écart de poids.
Sources : K. P. Anderson, « Feeding and Care of Orphaned Foals », NebGuide G1872, université du Nebraska-Lincoln, 2008 · S. Massoni, thèse vétérinaire, ENVT, 2003 · K. A. Houpt, « Equine Maternal Behavior and its Aberrations », IVIS, 2011.