Le sevrage sépare le poulain de sa mère. Dans la nature, c’est la jument qui le décide, vers 9 ou 10 mois. En élevage, l’éleveur le fait souvent vers 5 ou 6 mois, et c’est un moment de stress pour les deux. La méthode choisie pèse sur la santé du poulain et sur son caractère futur. Voici ce que disent les études présentées par l’IFCE et comment t’y prendre.
Ce qu’il faut retenir
- À l’état naturel, le sevrage a lieu vers 9 à 10 mois, entre 8 et 12 mois selon la mère et les ressources.
- En élevage, il se fait en général vers 5 à 6 mois, parfois plus tôt.
- Le sevrage brutal est la méthode la plus stressante.
- Sevrer en groupe, au pré ou en stabulation, avec des adultes, limite le stress.
- Les 15 jours qui suivent le sevrage sont un bon moment pour manipuler le poulain.
Le sevrage dans la nature
L’IFCE a présenté en octobre 2024 une conférence sur le sevrage (Alexandre Kempfer et Estelle Provost). Elle décrit d’abord ce qui se passe sans intervention humaine :
- le sevrage survient vers 9 à 10 mois, entre 8 et 12 mois selon l’expérience de la mère, son état (gestante ou non) et la nourriture disponible ;
- c’est surtout la mère qui le décide, en refusant l’accès à la mamelle ;
- il se prépare peu à peu : le poulain s’éloigne de plus en plus de sa mère et passe plus de temps à pâturer ;
- la première semaine, le poulain tète environ 7 fois par heure, puis moitié moins jusqu’à la fin du premier mois ;
- le sevrage naturel est seulement alimentaire : le poulain garde ses liens avec sa mère et son groupe jusqu’à son départ, entre 2 et 3 ans.
Le sevrage en élevage
En élevage, l’éleveur sèvre en général vers 5 à 6 mois, parfois plus tôt. Les raisons sont souvent économiques : vente du poulain ou de la mère, état de la jument. L’IFCE souligne que cette séparation rompt les liens sociaux, ce qui la rend bien plus stressante que le sevrage naturel.
Les signes de stress à surveiller
- hennissements et déplacements en hausse ;
- agressivité ;
- temps passé à manger en baisse, et prise de poids faible ou nulle ;
- apparition de tics, appelés stéréotypies ;
- troubles digestifs, comme ulcères gastriques ou coliques.
Un sevrage raté laisse des traces, d’après l’IFCE : poulain plus émotif, moins curieux, plus agressif, et relation à l’humain dégradée.
Les méthodes, de la plus stressante à la plus douce
Le sevrage brutal
La mère est retirée d’un coup, sans préparation. Le poulain et la jument montrent de nombreux signes de stress pendant plusieurs jours, et des comportements anormaux risquent de persister.
Le sevrage progressif
Il commence 4 semaines avant la séparation définitive, à partir de 5 mois (travaux de Léa Lansade, 2016 à 2018) :
- séparations quotidiennes, de quelques minutes à plusieurs heures ;
- une barrière qui laisse mère et poulain se voir, se sentir, s’entendre et se toucher ;
- un petit groupe, au moins une paire de poulains ;
- les rations distribuées de part et d’autre de la barrière.
Résultats à la séparation définitive : hennissements divisés par 2, déplacements actifs divisés par 3, cortisol plus bas chez le poulain et la mère, et poulains plus faciles encore 3 mois après. L’IFCE signale que d’autres travaux (Bouvet, 2016) n’ont pas trouvé ces différences : les conclusions restent discutées.
Le retrait des mères une par une
Dans un groupe de juments suitées, on retire une mère par jour au lieu de toutes à la fois. Le poulain sevré reste parmi des congénères calmes, ce qui réduit hennissements et déplacements, sans perte de poids. Les résultats sont encore meilleurs avec des jeunes du même âge, des jeunes d’autres générations et des adultes non apparentés, au paddock plutôt qu’au box.
Le sevrage spontané
On laisse poulains et mères ensemble jusqu’au sevrage naturel. C’est possible si aucune vente n’est prévue. Attention : en élevage, les mâles de plus d’un an sont capables de saillir. Retire-les du groupe assez tôt.
Les bonnes pratiques
| À faire | À éviter |
|---|---|
| Sevrer le plus tard possible | Sevrer un poulain seul |
| Sevrer par paire ou en petit groupe | Le box individuel, source de tics et de blessures |
| Paddock, stabulation ou pâture sécurisés | Laisser les jeunes sevrés entre eux, sans adulte |
| Ajouter un ou plusieurs adultes calmes | Exposer les poulains à des nouveautés le jour même |
| Préparer une transition alimentaire | Un changement de ration brutal |
L’IFCE conseille aussi de manipuler les poulains dans les 15 jours qui suivent le sevrage : ils sont plus réceptifs et retiennent mieux ce qu’ils apprennent, encore 18 mois après. Le dossier éthologie de l’IFCE va dans le même sens : les manipulations faites aussitôt après la séparation d’avec la mère ont des effets plus durables qu’à un autre moment.
L’alimentation autour du sevrage
Les repères de l’IFCE :
- de la naissance à 6 mois, le poulain prend en moyenne 1 kg par jour, de 50 à 250 kg ;
- jusqu’à 3 mois, le lait reste sa principale nourriture ;
- de 3 mois au sevrage, il lui faut un fourrage de qualité, de l’herbe, et un aliment complémentaire pour poulain, distribué dans un nourrisseur séparé ;
- pour cet aliment, l’IFCE cite des valeurs minimales de 18 % de protéines brutes et 0,6 % de lysine ;
- après le sevrage, garde l’aliment poulain jusqu’à 8 à 10 mois, puis passe progressivement à une gamme élevage.
Une ration riche en céréales prédispose aux ulcères, aux coliques et à l’ostéochondrose. Privilégie les matières grasses et les fibres.
Avant de sevrer : les papiers
Ton poulain doit être identifié avant le sevrage. Les délais sont détaillés dans notre guide sur la déclaration de naissance. Et si tu achètes un poulain, demande à l’éleveur comment il compte le sevrer : notre article pour acheter un poulain chez un éleveur liste les autres questions à poser.
Source : IFCE, « Réussir le sevrage de mon poulain », A. Kempfer et E. Provost, 3 octobre 2024 · IFCE, dossier documentaire « Éthologie équine », 2015.