Observer un poulain au pré, c’est voir un emploi du temps qui change chaque semaine. Il tète souvent, dort beaucoup, puis s’éloigne de sa mère pour jouer avec les autres. Savoir ce qui est normal vous aide à repérer ce qui ne l’est pas. Voici ce que décrivent le Merck Veterinary Manual et une étude japonaise qui a suivi 22 poulains de la naissance au sevrage.
Ce qu’il faut retenir
- Le poulain tète environ toutes les 15 minutes au début, puis une fois par heure vers un an.
- Pendant son premier mois, il passe 15 % de son temps couché sur le flanc et 5 % couché sur le sternum.
- Il joue d’abord avec sa mère, puis avec les autres poulains à partir du deuxième mois.
- Les mâles jouent plus à se battre et à se chevaucher, les femelles plus à se toiletter et à courir.
Les premières heures : le lien avec la mère
Le Merck Veterinary Manual, dans le chapitre rédigé par Katherine Houpt de l’université Cornell, explique que la jument et son poulain créent leur lien dans les premières heures après la naissance. Si la jument s’éloigne, le poulain la suit. Si le poulain se couche, la jument reste debout près de lui. Plus le poulain est jeune, plus elle reste proche.
Ces premières heures, avec la première tétée et le colostrum, sont détaillées dans notre article sur le poulain nouveau-né.
Les tétées
D’après le manuel, la plupart des tétées sont lancées par le poulain et arrêtées par la jument, surtout pendant le premier mois. Le poulain tète environ toutes les 15 minutes. Ce rythme baisse lentement, jusqu’à une tétée par heure vers un an.
Dans la nature, le sevrage se fait tard. Le manuel indique que si la jument est pleine, son poulain est sevré naturellement avant la naissance du suivant, vers 11 mois. C’est bien plus tard que le sevrage pratiqué en élevage, entre 4 et 6 mois. Les méthodes pour sevrer en limitant le stress sont comparées dans notre guide du sevrage du poulain.
L’étude japonaise de Masahiko Gunjima, publiée en 1997, a suivi 9 mâles et 13 femelles Pur-sang de mai à octobre 1995. Elle montre que le temps passé à téter chute nettement pendant les deux premiers mois, pendant que le temps passé à manger augmente.
Le sommeil
Un poulain dort beaucoup, et couché. Selon le Merck Veterinary Manual, pendant son premier mois, il passe 15 % de son temps allongé sur le flanc et 5 % couché sur le sternum, les jambes repliées.
L’étude de Gunjima précise l’évolution. Le repos couché atteint son maximum pendant les deux premières semaines. Il diminue ensuite, et le repos debout augmente, même si le poulain préfère encore se coucher. Entre le quatrième et le cinquième mois, le repos couché baisse encore.
Un poulain couché à plat au soleil n’a donc rien d’inquiétant. Ce qui doit vous alerter, c’est un poulain qui ne se lève plus pour téter, ou dont la mamelle de la mère reste pleine et coule.
Le jeu, du solitaire au collectif
Le manuel décrit une progression. Pendant le premier mois, le poulain dépend au maximum de sa mère et a peu de contacts avec les autres chevaux. Il joue d’abord seul ou avec elle. Peu à peu, il s’éloigne, découvre les alentours, puis joue avec les autres poulains.
L’étude de Gunjima donne le calendrier :
- les deux premières semaines : le poulain reste tout près de sa mère, et le jeu solitaire est à son maximum ;
- jusqu’à deux mois : il s’éloigne davantage, rencontre les autres chevaux, surtout les poulains ; le jeu à plusieurs et le toilettage mutuel augmentent, le jeu solitaire diminue ;
- le troisième mois : le toilettage mutuel atteint son maximum ;
- les quatrième et cinquième mois : il passe encore plus de temps loin de sa mère et mange davantage.
Le claquement de dents
Chez un jeune poulain, vous remarquerez parfois un geste curieux : il ouvre et ferme la bouche, lèvres retroussées, devant un cheval adulte. Le manuel appelle ce geste « snapping ». Il atteint son maximum à la fin du premier mois. Le poulain le fait face aux adultes, sans doute pour réduire leur agressivité. Le toilettage mutuel culmine à la même période, selon le manuel.
Mâles et femelles ne jouent pas pareil
Le manuel note des différences de jeu entre les sexes. Les mâles chevauchent et se battent plus que les femelles, qui se concentrent sur le toilettage et la course. Les mâles ne toilettent que les femelles, alors que les femelles toilettent les deux sexes. L’étude de Gunjima trouve aussi que les mâles passent plus de temps en jeu social que les femelles, sans autre grande différence entre les sexes.
Dans les groupes de chevaux vivant en liberté, le manuel décrit des bandes de six à huit juments, avec leurs petits de 3 ans ou moins et un à six mâles adultes. Les jeunes mâles quittent en général le groupe avant 2 ans, plus tôt s’ils n’ont pas d’autres mâles avec qui jouer.
Ce que ça change pour vous
- Mettez la mère et son poulain avec d’autres couples quand c’est possible : le jeu entre poulains augmente dès le deuxième mois.
- Passez par la mère : le manuel indique que nourrir et panser la jument quelques minutes par jour en présence du poulain diminue la peur du poulain face aux manipulations. Notre article pour éduquer un poulain détaille la suite.
- Observez chaque jour : rythme des tétées, temps couché, jeu. Un changement brutal mérite l’avis de votre vétérinaire.
- Préparez le sevrage en tenant compte de son âge et de ses liens avec les autres poulains.
Les limites de ces chiffres
L’étude de Gunjima porte sur 22 Pur-sang dans un seul élevage japonais, observés deux heures par semaine en journée. Le chapitre du Merck Veterinary Manual est une synthèse. Les chiffres donnent des tendances : chaque poulain a son rythme, selon sa race, sa mère, le groupe et la saison. Le vocabulaire des âges, du foal au yearling, est rappelé dans notre article sur les noms du jeune cheval.
Le chapitre du manuel sur le comportement social des chevaux est en ligne : Social Behavior of Horses.