Alimentation du poulain : de la tétée à 2 ans, étape par étape

Un poulain fait la plus grande part de sa croissance pendant sa première année. Ce qu’il mange pendant ces mois pèse sur ses os et ses articulations pour toute sa vie. Le guide « Feeding Young Horses for Sound Growth » du ministère de l’Agriculture de l’Alberta, au Canada, détaille la ration à chaque étape. Voici ses repères, de la tétée aux 2 ans.

Ce qu’il faut retenir

  • Pendant sa première année, le jeune cheval atteint 90 % de sa taille adulte et 65 % de son poids adulte.
  • Le lait de la jument suffit les deux à trois premiers mois. Ensuite, un aliment donné à part, sous la mère, comble l’écart.
  • Avoine et foin seuls ne suffisent pas à un poulain sevré : il manque des protéines, de la lysine et des minéraux.
  • Le but est une croissance régulière et modérée, avec un poulain ni gras ni maigre.

Une croissance rapide la première année

Le guide albertain résume la courbe : pendant sa première année, le jeune cheval atteint 90 % de sa taille adulte et 65 % de son poids adulte. La croissance ralentit ensuite, mais continue jusqu’à 3 ou 4 ans. À un rythme modéré, la taille adulte est atteinte vers 2 ans, et le poids adulte une à deux années plus tard.

Cette vitesse explique le risque. Le guide décrit les troubles ostéo-articulaires du développement : ostéochondrose, épiphysite, déviations des membres, tendons rétractés. Parmi leurs causes alimentaires, il cite l’excès d’énergie, une croissance irrégulière, avec des périodes de restriction suivies de rattrapage, et des apports minéraux déséquilibrés. Il précise qu’un régime riche en protéines ne figure pas parmi ces causes, contrairement à une idée répandue. Notre article sur l’ostéochondrose du poulain détaille cette maladie.

De la naissance à 3 mois : le lait d’abord

Le guide indique que le poulain couvre ses besoins avec le lait de sa mère pendant ses deux à trois premiers mois. Les premières heures, avec le colostrum, sont traitées dans notre article sur le poulain nouveau-né.

Au troisième mois de lactation, la production de lait baisse alors que les besoins du poulain augmentent. Il grignote de l’herbe, mais l’herbe de fin d’été est souvent pauvre en protéines et en minéraux, selon le guide. Le poulain se retrouve entre deux sources qui faiblissent.

L’aliment sous la mère

La solution décrite par le guide est le « creep feeding » : donner au poulain un aliment auquel sa mère n’a pas accès. Les repères :

  • Quand commencer : entre 2 et 3 mois, ou au moins un mois avant le sevrage.
  • Où : dans un nourrisseur au pré, ou une mangeoire de box réservée au poulain. Au pré, prévoyez 3,7 à 4,7 m² par poulain et des entrées d’environ 0,6 m de large, assez hautes pour les poulains et trop basses pour les juments.
  • Combien : 0,5 à 1 % du poids du poulain par jour, sans dépasser 1,8 à 2,2 kg. Pour un poulain de type cheval de selle, cela fait environ 0,5 kg par mois d’âge.
  • Quoi : un aliment pour poulain de 16 à 18 % de protéines brutes, 0,8 à 1 % de calcium et 0,6 à 0,8 % de phosphore. Prenez le haut de la fourchette avec un fourrage d’herbe, le bas avec de la luzerne.

Le guide rappelle que le but n’est pas la croissance maximale. Un poulain trop gras court plus de risques pour ses os. Cet aliment l’habitue aussi à manger seul, ce qui facilite le sevrage.

Le poulain sevré

Le guide note qu’un poulain grandit souvent moins vite pendant les deux à trois semaines qui suivent la séparation. Ce passage à vide, suivi d’un rattrapage, fait partie des facteurs de risque. Un sevrage calme limite le stress : notre guide du sevrage du poulain compare les méthodes et donne les repères de l’IFCE pour l’aliment autour du sevrage.

Après le sevrage, le guide recommande :

  • un foin de qualité à volonté, idéalement un mélange luzerne et graminées ;
  • un aliment complémentaire équilibré, à environ 1 % du poids par jour, jusqu’à 2,2 à 2,7 kg ;
  • de l’exercice libre au pré, qui renforce les os, et peu d’heures enfermé au box.

Il insiste sur un point : l’avoine et le foin seuls apportent de l’énergie, mais pas assez de protéines, de lysine ni de minéraux pour la croissance. Associez toujours l’avoine à un complément protéique, vitaminé et minéral, ou choisissez un aliment conçu pour les poulains.

Ce que doit contenir la ration totale

Âge Protéines Lysine Calcium Phosphore
Poulain sevré 15 % 0,6 % 0,65 % 0,35 %
Yearling 13 % 0,5 % 0,45 % 0,25 %
2 ans 11 % 0,4 % 0,35 % 0,20 %

Ces taux portent sur la ration totale, foin compris. L’aliment complémentaire est plus concentré, car il compense un foin moins riche.

Le yearling et le 2 ans

Vers 12 mois, la croissance ralentit nettement, et les besoins en protéines, calcium et phosphore baissent. Avec un bon foin de luzerne et graminées ou une bonne herbe de printemps et d’été, le guide indique qu’un yearling se passe parfois de céréales. Il garde besoin d’un complément minéral.

À 2 ans, le jeune cheval a atteint sa taille adulte et environ 90 % de son poids. Ses besoins restent au-dessus de ceux d’un adulte à l’entretien. S’il commence un travail, il lui faut un apport en plus, que le guide chiffre à 1,8 à 4,5 kg de grain selon l’intensité.

Surveiller l’état, ajuster la ration

Le guide conseille de garder les jeunes chevaux en état moyen, une note de 5 sur l’échelle d’état corporel. Si des signes de trouble ostéo-articulaire apparaissent, il recommande de réduire un temps le grain, de chercher les déséquilibres de la ration, puis de revenir progressivement à une ration équilibrée. Il met en garde contre les régimes de famine au foin pauvre : le poulain rattrape ensuite, et le trouble revient.

Ces repères sont des lignes directrices. Faites valider la ration de vos poulains par votre vétérinaire ou un nutritionniste. Le guide complet est en ligne : Feeding Young Horses for Sound Growth.