Jumeaux chez la jument : pourquoi on les évite et comment

Chez la jument, une gestation de jumeaux n’est pas une bonne nouvelle. Elle se termine le plus souvent par un avortement, et les poulains qui naissent vivants s’en sortent mal. Les vétérinaires cherchent donc les jumeaux tôt, à l’échographie, pour n’en garder qu’un. Cet article s’appuie sur une étude de la faculté de médecine vétérinaire de l’université de Montréal, publiée en 2008 dans le Canadian Veterinary Journal, dont l’introduction fait le point sur le sujet.

Ce qu’il faut retenir

  • Les gestations multiples causent jusqu’à 30 % des avortements des poulinières.
  • Moins de 9 % des juments qui portent des jumeaux mènent les deux à terme.
  • Un poulain ne survit après la naissance que dans 21 % des cas.
  • Avant 16 jours, l’écrasement d’une des deux vésicules réussit dans plus de 90 % des cas.
  • D’où l’intérêt d’une échographie tôt après la saillie.

Pourquoi les jumeaux posent problème

L’équipe de Montréal rappelle des chiffres sans appel :

  • jusqu’à 30 % des avortements des poulinières sont dus à des gestations multiples ;
  • moins de 9 % des juments qui portent des jumeaux les mènent tous les deux à terme ;
  • un poulain ne survit après la naissance que dans 21 % des cas.

L’avenir des poulains nés n’est pas meilleur. Sur 104 gestations de jumeaux suivies par Merkt et Jöchle, 16 % des poulains ont atteint l’âge de deux ans, 5 % ont pu être dressés, et aucun n’a couru. La gestation gémellaire augmente aussi le risque de poulinage difficile et demande plus de surveillance. Les auteurs ajoutent qu’elle réduit la fertilité de la saison suivante.

Ce que la nature fait seule

Tout dépend de la position des deux embryons. Quand ils se trouvent dans la même corne de l’utérus avec une différence de taille de plus de 4 mm, environ 85 % de ces gestations éliminent naturellement l’un des deux avant 40 jours, et l’autre se développe normalement. Quand ils sont dans deux cornes différentes, les deux survivent plus souvent au-delà de 40 jours. Mais la surface d’échange avec l’utérus manque, et la suite tourne au retard de croissance, à l’avortement ou à la naissance de poulains faibles ou mort-nés.

Le cap des 40 jours

Vers 40 jours de gestation, des structures de l’utérus appelées cupules endométriales se forment et sécrètent une hormone qui entretient la gestation jusqu’au 120e jour environ. Conséquence pratique : si la gestation s’arrête dans cette période, la jument tarde à revenir en chaleur, et la saison de monte est compromise. C’est pourquoi tout se joue avant.

Le diagnostic à l’échographie

L’échographie a transformé la gestion des jumeaux. Les auteurs listent pourtant les raisons pour lesquelles certains passent encore inaperçus :

  • pas d’historique de saillie ni de dossier ;
  • un examen de l’appareil génital incomplet ;
  • des kystes de l’utérus confondus avec de jeunes vésicules ;
  • un examen avant 14 jours, quand une vésicule plus jeune est encore trop petite pour être vue ;
  • un appareil d’échographie de résolution insuffisante ;
  • deux vésicules collées l’une à l’autre, difficiles à distinguer en un seul examen.

Dans l’étude, les juments étaient contrôlées à 14 et à 30 jours. La conférence de l’IFCE sur la reproduction, citée dans notre article sur la gestation de la jument, insiste elle aussi sur ce double objectif : vérifier que la jument est pleine, et repérer une gestation gémellaire.

Réduire à un seul embryon

Avant 16 jours

Pendant cette phase, l’embryon se déplace encore dans l’utérus. Selon les auteurs, l’écrasement manuel d’une des deux vésicules réussit alors dans plus de 90 % des cas. Le vétérinaire écrase en général la plus petite ou la plus accessible.

Après la fixation

Entre 16 et 30 jours, le taux de réussite baisse nettement. Il chute à 25 % quand les deux vésicules sont fixées dans la même corne, et reste plus élevé si elles sont dans deux cornes différentes.

Plus tard

Les auteurs passent en revue des techniques plus lourdes, aux résultats variables : ponction d’une vésicule par voie vaginale sous échographie, de 20 à 46 % de réussite selon les équipes, retrait chirurgical, ou injection létale dans le cœur d’un fœtus entre 115 et 130 jours, qui donne un poulain vivant dans 50 % des cas. Leur propre essai de réduction par voie vaginale à 30 jours a réussi dans 40 % des cas.

Ce que tu fais en pratique

  • Prévois avec ton vétérinaire une échographie de contrôle tôt après la saillie, et une seconde ensuite.
  • Garde une trace précise des dates de saillie ou d’insémination.
  • Si des jumeaux sont vus, décide vite avec le vétérinaire : le délai joue contre toi.

La préparation de la jument est détaillée dans notre article pour faire saillir sa jument, et la mise bas dans notre guide du poulinage.

Source : I. Raggio et al., « Twin pregnancy experimental model for transvaginal ultrasound-guided twin reduction in mares », Canadian Veterinary Journal, 2008.