Le poulain attrape ses premiers parasites dès ses premières semaines, et ce ne sont pas ceux de l’adulte. Le vermifuger comme un cheval adulte, ou trop souvent, fait plus de mal que de bien. Cet article suit la présentation « Des parasites et des poulains » donnée en février 2024 par Marie Delerue, vétérinaire à l’IFCE et membre du conseil scientifique du RESPE.
Ce qu’il faut retenir
- Pas de vermifuge avant l’âge de 2 mois.
- Avant 6 mois, la cible principale est l’ascaride.
- Après 6 mois s’ajoutent les petits strongles et les ténias.
- Des coproscopies vers 8 mois aident à choisir le produit.
- Ramasser les crottins et nettoyer les boxes réduit le recours aux vermifuges.
Les parasites du poulain, âge par âge
Delerue décrit une infestation par plusieurs parasites dès la naissance, qui se succèdent avec l’âge :
- Les anguillules (Strongyloides westeri) arrivent les premières. La mère les transmet par des larves présentes dans son lait, ou qui passent par la peau, puis le poulain en avale dans l’herbe. Aucun lien n’est établi avec la diarrhée, et la présentation ne recommande pas de les traiter de façon systématique.
- Les ascarides (Parascaris) infestent la plupart des poulains. Ils avalent des œufs présents dans les crottins, l’herbe, la litière, sur les parois, dans les abreuvoirs et les mangeoires, et jusque sur la mamelle. Ces œufs résistent plusieurs années : chaque génération contamine la suivante.
- Les petits strongles (cyathostomes) sont avalés sous forme de larves dans l’herbe. Leurs larves s’enkystent dans la paroi de l’intestin, et la forme grave, la cyathostomose larvaire, touche surtout les chevaux de 1 à 6 ans.
- Les grands strongles sont rares, mais dangereux pour les jeunes chevaux.
- Les ténias sont transmis par de petits acariens de l’herbe et concernent les chevaux de tous âges.
- Les gastérophiles et les oxyures sont peu pathogènes et ne justifient pas de traitement systématique.
L’ascaride, cible numéro un avant 6 mois
- Ses larves migrent par le foie et les poumons, et les adultes, qui atteignent 50 cm, vivent dans l’intestin grêle.
- Les signes : perte d’appétit, croissance ralentie, poil terne, toux.
- Plus rarement, une masse de vers bouche l’intestin grêle, voire le rompt. Les coliques qui en résultent sont graves et souvent mortelles. Delerue signale qu’un vermifuge donné dans les 24 heures précédentes est un facteur de risque de cet accident.
- Le poulain s’immunise entre 6 mois et 1 an. Les adultes n’excrètent pas ou peu d’œufs d’ascarides.
Le calendrier présenté par l’IFCE
| Âge | Traitement préconisé |
|---|---|
| Avant 2 mois | Aucun |
| 2 à 3 mois | Un traitement contre les ascarides |
| 5 à 6 mois | Un traitement contre les ascarides, actif aussi contre les ténias si le risque est fort dans l’élevage |
| 8 à 9 mois | Un traitement contre les petits et grands strongles, et contre les ténias s’ils n’ont pas été traités à 5 ou 6 mois |
| 1 an | Un traitement contre les ascarides et/ou les petits strongles selon les coproscopies, et contre les ténias s’ils n’ont pas été traités à 5 ou 6 mois |
Delerue précise que ces préconisations s’adaptent au risque évalué dans chaque élevage. C’est le travail de ton vétérinaire.
Analyser avant de traiter
- Vers 8 mois, une coproculture sur le groupe renseigne sur les strongles et sur le besoin de vermifuger une ou deux fois pendant la première année.
- Des coproscopies individuelles vers 8 mois aident à choisir le vermifuge le mieux adapté contre les ascarides.
- Pour les ténias, une recherche d’anticorps par prise de sang complète l’information.
- Le test de réduction d’excrétion des œufs vérifie qu’un vermifuge agit encore : une coproscopie le jour du traitement, une autre 14 jours après. Delerue conseille de le refaire tous les 2 à 3 ans pour chaque molécule utilisée.
Pourquoi ne pas vermifuger plus souvent
La présentation liste trois effets négatifs des vermifuges : sur l’environnement, sur la flore digestive du cheval, et sur les résistances des parasites. Plus on vermifuge, plus les parasites résistants se multiplient. Côté ascarides, les données françaises sont rares, mais une résistance à l’ivermectine a été rapportée dans trois élevages normands en 2012. D’où deux règles :
- ne pas utiliser l’ivermectine chez un poulain de moins de 6 mois sans avoir mesuré son efficacité ;
- ne pas vermifuger les mères au poulinage, ce que la présentation juge inutile. Notre article sur la gestation de la jument va dans le même sens.
Réduire les parasites dans l’environnement
- Boxes et aires stabilisées : nettoie régulièrement mangeoires, abreuvoirs et parois. À l’eau chaude au-dessus de 60 °C et sous haute pression, les œufs d’ascarides sont inactivés.
- Paddocks en herbe : ramasse les crottins une fois par mois et avant une forte pluie contre les ascarides, une fois par semaine contre les petits strongles, deux fois en été.
- Fumier : composté au-dessus de 60 °C, il détruit larves et œufs. N’épands pas les andains dans les prés des poulains.
- Fin de saison : fais pâturer les parcelles des poulains par des chevaux adultes, qui excrètent peu d’œufs d’ascarides. Le chaulage n’a pas démontré d’intérêt.
- En cours de saison : le pâturage mixte avec des bovins ou des ovins, en même temps ou en alternance, réduit la pression.
- Rotation : change régulièrement de parcelle, mais pas aussitôt après un vermifuge, ce qui favorise les résistances.
Dans la vie de l’élevage
Note chaque traitement, son produit et sa date : un acheteur le demandera, comme le rappelle notre guide sur les éleveurs de poulains. Pour la jument, voir notre article pour faire saillir sa jument.
Source : M. Delerue, IFCE, « Des parasites et des poulains », webconférence du 13 février 2024.