Un avortement chez la jument se gère en deux temps : appeler le vétérinaire, et protéger les autres juments. Une partie des avortements est contagieuse. Les produits d’avortement, fœtus et placenta, sont précieux pour trouver la cause : ne les jette pas. Voici les causes connues, les gestes du jour J, et comment fonctionne la déclaration au RESPE, le réseau de surveillance des maladies équines.
Ce qu’il faut retenir
- Appelez votre vétérinaire et isolez la jument.
- Gardez le fœtus et le placenta à l’écart, dans un grand sac, jusqu’à la visite du vétérinaire.
- Selon un laboratoire d’analyses vétérinaires, la cause d’un avortement est trouvée dans environ 75 % des cas.
- La déclaration au RESPE passe par le vétérinaire ou par la plateforme VigiRESPE.
Les gestes le jour même
La fiche de GDS France sur la gestion des poulinages et des avortements, publiée en février 2024, donne la marche à suivre :
- Appelez votre vétérinaire, et déclarez l’avortement au RESPE par son intermédiaire ou sur VigiRESPE.
- Isolez la jument qui a avorté, pendant toute la durée des écoulements vaginaux.
- Ramassez tous les produits d’avortement, fœtus et placenta, dans un grand sac plastique.
- Retirez la litière sur laquelle ils se trouvaient.
- Conservez le fœtus et les annexes à l’écart des autres animaux, chiens et chats compris, jusqu’à la visite du vétérinaire, qui fait les prélèvements.
- Après les prélèvements, les produits partent au bac d’équarrissage.
Les causes connues
Le document du laboratoire Eurofins sur les avortements équins donne les ordres de grandeur suivants, quand la cause est trouvée :
- environ deux tiers sont d’origine infectieuse, surtout bactérienne, plus rarement virale ;
- environ un quart ont une cause non infectieuse : anomalies des annexes, jumeaux, anomalies du fœtus.
Les virus surveillés
- La rhinopneumonie, due aux herpèsvirus HVE-1 et HVE-4. Selon le RESPE, le HVE-1 provoque des avortements souvent tardifs, des naissances prématurées et des poulains faibles. Le HVE-4 cause rarement des avortements. Ces virus restent latents : un cheval porteur sans signes les réactive lors d’un stress.
- L’artérite virale équine. Le RESPE la décrit comme une maladie à déclaration obligatoire, qui provoque baisse de fertilité et avortements, et qui se transmet aussi par voie sexuelle : certains étalons restent porteurs du virus dans leur sperme.
Les bactéries et autres agents
Le laboratoire cite de nombreuses bactéries, souvent avec une infection du placenta, ainsi que des champignons. Le RESPE ajoute la leptospirose, une maladie transmissible à l’homme, qui provoque plus rarement des avortements.
Les jumeaux
Une gestation de jumeaux se termine le plus souvent par un avortement. Notre article sur les jumeaux chez la jument explique comment l’échographie précoce les évite.
Ce que fait le vétérinaire
- il examine la jument et fait un écouvillon de l’utérus ;
- il examine le placenta en entier : le laboratoire souligne que l’examen minutieux des annexes est primordial, et qu’il demande la délivrance dans son intégralité ;
- il prélève des organes du fœtus, ou envoie le fœtus pour une autopsie ;
- il propose parfois deux prises de sang à 21 jours d’intervalle : le laboratoire explique qu’une sérologie unique au moment de l’avortement est souvent impossible à interpréter.
La déclaration au RESPE
Le RESPE s’appuie sur un réseau de vétérinaires sentinelles qui identifient les cas suspects, prélèvent, déclarent et transmettent les échantillons aux laboratoires partenaires. Pour l’herpèsvirus, le RESPE indique que si la déclaration passe par un vétérinaire sentinelle, 50 % des frais d’analyse sont pris en charge, sans démarche pour le propriétaire. Un cas suspect se signale aussi en ligne sur VigiRESPE.
Déclarer sert à tous : les données alimentent les alertes sanitaires et la carte des foyers.
Protéger les autres juments
La fiche de GDS France donne les règles d’un élevage :
- regrouper les juments pleines en petits lots, sans contact avec les chevaux à risque : chevaux qui sortent en concours, nouveaux arrivants, chevaux malades ;
- soigner les juments pleines et les poulains en premier ;
- nettoyer et désinfecter bottes et mains avant d’entrer chez les juments pleines.
La prévention
Le RESPE recommande la vaccination contre la rhinopneumonie, renforcée chez les juments gestantes, avec des mesures de biosécurité : isolement, quarantaine, désinfection. Le protocole se décide avec votre vétérinaire. Le détail des vaccins de la mère et du poulain est dans notre article sur la vaccination du poulain, et le suivi de la jument pleine dans notre guide sur la gestation de la jument.
Le réseau de surveillance : RESPE, HVE1 et HVE4.