Faire naître un poulain commence bien avant la saillie. La saison, l’état de ta jument, ses vaccins, le choix de l’étalon et de la technique de monte se préparent dès l’hiver. Cet article suit la conférence « Mise à la reproduction de ma jument », donnée en octobre 2023 par la docteure vétérinaire Charlotte Degien avec l’IFCE. Voici ta feuille de route.
Ce qu’il faut retenir
- La jument se reproduit en saison de jours longs. La période idéale va de mai à juillet.
- Une jument idéale est en bonne santé, a entre 4 et 12 ans et une note d’état corporel autour de 3,5.
- Une jument maigre n’est pas prête : la malnutrition compte parmi les grandes causes d’infertilité.
- Vaccins et dépistages se vérifient avant d’entrer au centre de mise en place.
- Le choix de l’étalon se fait avec la technique de monte, la fertilité, le budget et la réglementation.
Comprendre le cycle de ta jument
La jument est une reproductrice saisonnière. Ses repères :
- elle cycle quand les jours rallongent, et le 21 juin marque le maximum de la période ;
- la période idéale pour la mise à la reproduction va de mai à juillet ;
- un cycle dure 21 jours ;
- l’hiver correspond au repos sexuel, appelé anœstrus ;
- au printemps, une seconde période sans ovulation s’accompagne parfois de longues chaleurs, qui trompent.
Retiens aussi que la gestation dure 11 mois. Une jument saillie en mai poulinera au printemps suivant.
La jument idéale pour la reproduction
Le profil décrit dans la conférence :
- en bonne santé ;
- âgée de 4 à 12 ans ;
- une note d’état corporel de 3,5 ;
- à l’aise sur ses quatre membres ;
- une bonne dentition ;
- correctement vaccinée et vermifugée ;
- une bonne conformation de la vulve.
Si ta jument s’éloigne de ce profil, parles-en à ton vétérinaire avant de réserver une saillie : il évalue son état général, son âge et ses antécédents.
Le vétérinaire examine aussi les maladies associées qui pèsent sur la fertilité : fourbure, asthme, ulcères gastriques, Cushing.
L’alimentation avant la saillie
- Ni trop grosse, ni trop maigre : vise la bonne note d’état.
- Adapte la ration au poids et à l’activité. Une jument de sport n’a pas les besoins d’une poulinière.
- Fais toujours des transitions alimentaires.
- Un manque de protéines fait baisser les performances de reproduction, un excès fatigue.
La conférence cite le flushing : une suralimentation modérée, légèrement croissante, jusqu’à la saillie, pour favoriser la fécondation. Décide-le avec ton vétérinaire.
Avancer la saison avec la lumière
Pour avancer la période de reproduction, une photostimulation est possible : on allonge la durée du jour avec un éclairage artificiel, à partir des jours courts, autour du 1er décembre. C’est le seul traitement qui avance la reprise des cycles, selon la conférence. Garde l’éclairage naturel et vérifie l’intensité lumineuse à hauteur des yeux de la jument.
Vaccins, dépistages, vermifuges
Les vaccins
- Grippe, rhinopneumonie et tétanos sont les trois maladies visées. La rhinopneumonie est la première cause d’avortement infectieux.
- Vérifie que ta jument est à jour dans le mois qui précède son entrée au centre de mise en place.
- Certains stud-books l’exigent : la grippe pour le Selle Français, la grippe et la rhinopneumonie pour le trotteur français et le pur-sang.
Les dépistages
- La métrite contagieuse équine se transmet par voie sexuelle. On la dépiste chez les juments saillies en monte naturelle en début de saison et lors d’un changement d’étalon.
- L’artérite virale équine provoque des avortements. On la dépiste selon la technique de monte et les étalons présents au centre.
- Ces dépistages sont obligatoires pour une jument saillie par un étalon pur-sang.
La vermifugation
Un à trois traitements par an selon le risque parasitaire et des coproscopies. Le conseil donné : un vermifuge contre les strongles et les ténias en fin d’automne, à adapter au risque.
Choisir la technique de monte et l’étalon
Les techniques vont de la monte naturelle, en liberté ou en main, à l’insémination en semence fraîche, réfrigérée ou congelée, et jusqu’au transfert d’embryon. Le choix de l’étalon tient compte de cinq critères :
- la technique de monte possible avec cet étalon ;
- la génétique ;
- la fertilité ;
- le budget, en raisonnant en coût global ;
- la réglementation de la race visée.
L’ovulation doit tomber dans les 24 à 48 heures qui suivent la saillie par un étalon fertile, parfois moins selon la technique. D’où le suivi échographique des chaleurs au centre.
Les papiers du futur poulain
- Signe les conventions (pension, mise en place, suivi gynécologique) et le contrat de saillie.
- Les documents de monte sont remplis et remis par l’inséminateur.
- La déclaration de naissance suppose le règlement complet de la saillie.
Les étapes suivantes sont détaillées dans notre guide sur la déclaration de naissance d’un poulain. Pour comprendre le métier dans son ensemble, lis notre guide sur les éleveurs de poulains. Et pour la fin de l’histoire, notre article sur le sevrage du poulain.
Source : C. Degien et M. Delerue, IFCE, « Mise à la reproduction de ma jument », 10 octobre 2023.